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Cet écrit, publié dans un fanzine que j'avais créé (Freak out !) est un pastiche des critiques littéraires ou musicaux qui "se la jouent" en écrivant n'importe quoi sur le talent ou le non-talent. Pour ceux qui liront ce texte loufoque, sachez que le chanteur américain Alice Cooper s'est fait remarquer par son look extravagant (cf photo) ses shows souvent glauques.
LE DERNIER DES ROMANTIQUES : ALICE COOPER
Si près de quarante ans après sa première scène, notre cher(e) Alice est toujours on stage, « still, alive and well » c’est qu’il y a sans doute une raison. Alors il convient aujourd’hui de s’interroger sur ce qui maintient l’engouement de toute la vaste communauté rock pour ce Petit Prince qui pourrait être tout droit sorti de la plume de SaintExupéry, tant la ressemblance est frappante. Mais nous sommes là sur le terrain du rock ‘n roll, kiddies, et ce phénomène ne peut se comprendre qu’à travers une analyse strictement musicologique de l’œuvre de l’homme au boa et à la camisole de force. C’est avec cette vision que votre Philip « that ‘ll be the day » de Berg va s’attacher à décrypter le message de l’éternel adolescent, comme il le clame dans chacun de ses concerts (I’m eighteen !) depuis… eh bien, pas mal d’années. Si Alice Cooper a rejeté dans son répertoire, les habitudes tonales de la musique rock qui servait encore, depuis les années 70 jusqu’à aujourd’hui (exception faite des PLASTICINES et de LA MANDOLINA), de support à toute une rhétorique des sentiments hérités du Romantisme ; s’il a refusé la forme sonate qui calque très exactement, dans son développement, les cheminements de la pensée trash – discours favorisant de plus les effusions du cœur, et analogue en cela au discours littéraire – c’est autant par pudeur que par principe. Il se fait une trop haute idée de la musique pour y voir pure matière sonore. La musique selon lui se doit d’être scénarisée pour ne pas être simplement suggérée : usage de la chaise électrique, éventration de son infirmière dans « Ballad of Dwight Fry », etc… C’est là sa Révolution, (comparable à celle qu’avaient opéré Baudelaire et Rimbaud pour la poésie), au cours de toutes ces années de recherche (depuis 1970, année de sortie de son tout premier album « Easy Action » sur la pochette duquel notre Vincent Furnier et son gang posent de dos, avec les cheveux qui descendent presque jusqu’aux fesses, c’est peu dire !), à la quête d’un langage où la ligne mélodique fait place à une mélodie née des seuls accords – saturés certes ! – et qui voient le compositeur évoluer de l’Impressionnisme rock’n rollien à un art musical plus abstrait et comme le démontrent des morceaux comme « School’s out », substituer « l’ Impressif » à « l’ Expressif » et l’activité de l’âme à la démarche de l’esprit, demeurant cependant tonal, mais empruntant aux échelles modales de la musique des bayous et de Detroit réunis, en se donnant les moyens de réaliser une musique essentiellement de timbres. Il est remarquable d’ailleurs de noter qu’Easy Action, cité précédemment, et dont l’enregistrement remonte à 1970, est aujourd’hui noté 15/20 sur le site Internet Spirit of Metal, par de jeunes rocks addicts, qui n’étaient même pas nés à l’époque. School’s out et Only Women bleed quant à eux, conservent un arrière-goût très littéraire et pictural dans la profondeur des lyrics (seules, les femmes saignent…) : de surcroît, nombre de leurs éléments mélodiques et rythmiques n’en constituent pas moins les principes à partir desquels Alice Cooper va réaliser (comme d’autres avaient réalisé leur « Alchimie du Verbe, à l’instar de William Faulkner, par exemple), une « Alchimie du Son », qui se conjuguera remarquablement, il faut le souligner, avec les mots (« I got a muscle of love…. » ou bien “Leave me alone, I didn’t wanna be, don’t touch me/I wanna get out of this” – Ballad of Dwight Fry). Mais c’est avec Trashes the world et surtout Welcome in my nightmare qu’il opère sa transmutation. Rupture radicale avec le passé ; abandon définitif du descriptif pour le suggestif (enfin, pas trop, à en juger par les mises en scène explicites de ses shows : chaise électrique, décapitations….), en dépit des titres qui proposent plus une orientation qu’une référence directe à quelque scène ou tableau : qui peut deviner ce qu’il y a derrière I love the dead ou bien Trash. Encore convient-il de remarquer que ces deux morceaux ne figurèrent souvent qu’en fin de set, laissant toute liberté au spectateur de recevoir comme il l’entend l’atmosphère feutrée de morceaux qui n’existent d’abord que par leur substance sonore et dont le sens ne s’exprime que par elle seule, dont les harmonies et les rythmes semblent avoir été rencontrés par aventure, d’où leur caractère fréquent d’improvisation. Mais chez Alice Cooper, rien n’est improvisation. Qui pourrait penser un instant que, dans ses shows, l’éventration de l’infirmière n’est pas préméditée ? Si les sonorités fixent dans l’instant les impressions suggérées par l’imagination de l’artiste, c’est leur prolongement dans notre conscience qui les constitue en un climat indéfinissable que suscitent une syntaxe et une harmonie jamais entendues auparavant : musique objective, à cet égard, mais combien la sensibilité à fleur d’âme d’Alice Cooper est présente dans ce discours morcelé à l’extrême – interdisant tout épanchement, même quand le couperet de la guillotine s’abat sur scène, sur la nuque du Petit Prince – suite d’interruptions, d’irrésolutions, de réticences, de motifs à peine amorcés que déjà suspendus, frissons et frémissements traversés de subites crispations et d’incisifs accents ! Je me souviens encore de ce mémorable concert à l’Olympia, lorsque brusquement, les sunlights se rallumant pour le morceau suivant, Alice réapparaît avec son boa autour du cou. Un vrai moment d’émotion. Vous savez sans doute qu’Alice a beaucoup pleuré lorsque son boa est mort. D’une intoxication alimentaire en plus ! Le dernier des romantiques vous disais-je. Même les morceaux où l’humour reprend ses droits (I love the dead, Go to hell !) - car il faut bien le dire, chez Furnier, l’anxiété ne cesse de gagner au cours d’années douloureuses (il ne quittera plus son lit que pour aller chercher ses packs de Bud au frigo) – garderont ce caractère asymétrique, en porte-à-faux jusque dans ces compositions mineures que sont par exemple la valse-pastiche Billion dollar babies ou cet hommage ému et angoissé à sa patrie, victime de la guerre du Vietnam dans No more Mr nice guy. La prédilection du musicien pour ces enchaînements de tableaux aussi délicats que diaphanes dans chacun de ses shows font de ces œuvres, toujours renouvelées, où l’indécis au précis se joint, un écho des forces profondes qui animent l’univers de la rock music et qu’Alice Cooper a saisi dès le début, par-delà les apparences en rendant pour ainsi dire palpables les infinies vibrations, installant le mystère de l’être et des choses du cœur d’un objet esthétique dont les combinaisons sonores expriment l’inexprimable, un peu à la manière de Verlaine ou Rimbaud, pour la littérature poétique ou bien Gabriel Fauré pour la musique classique. Quand j’entends Alice Cooper chanter Only women bleed, je ne peux m’empêcher de faire la comparaison avec ces merveilleux vers qu’Alfred de Musset écrivait à Georges Sand : « Toi qui me l'as appris, tu ne t'en souviens plus De tout ce que mon coeur renfermait de tendresse, Quand, dans la nuit profonde, ô ma belle maîtresse, Je venais en pleurant tomber dans tes bras nus ! » Cette infinie douceur, expressive (il faut voir sur scène ces délicats poupons de celluloïd décapités) est un enchantement pour nos sens. « Je veux foutre le camp d’ici ! (I wanna get out of here)” nous supplie Alice dans le final de la Ballad of Dwight Fry. Pour nous Alice, je t’en prie, reste encore un peu. Berce-nous encore de tous ces mots d’amour. Et puis, fuck, si tu n’es plus là, je boirai encore une bière à ta santé.
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