|
.jpg)
Résumé du dernier épisode :
La girl-friend d’Elvin, Linda, a une une violente altercation avec ce dernier. Elle venait de lui avouer s’être mise dans de sacrés emmerdements avec des dealers. Elvin a perdu son sang-froid. Linda va s’enfuir pour se réfugier n’importe où, chez une vieille tante peut être (…)
La môme essuya le sang de l’éraflure qu’elle avait sur le haut du front, passa dans la salle de bain pour nettoyer la bière poisseuse qui avait giclée d’une canette explosée et pris la porte en courant.
Linda avait dû abandonner la Buick dans Pearl Street, certaine que les types qu’elle avait remarqués aux pieds de l’immeuble avaient sûrement repéré sa voiture et l’y attendraient. Elle était sortie par l’entrée qui donnait de l’autre côté du block.
Aucun des taxis qu’elle avait hélés n’avait accepté de la conduire dans Tremont où elle avait une vieille tante chez qui elle irait se planquer quelque temps.
La plupart avaient refusé en prétextant qu’ils avaient terminé leur journée. Quelques- uns l’avaient traitée de dingue, ou de pute.
Elle avait téléphoné plusieurs fois à Elvin, sans succès, au Boston Palace.
Elle tenta une dernière fois sa chance et se jeta presque devant le gros taxi jaune qui remontait paresseusement Washington Street.
Lorsqu’elle donna l’adresse au conducteur, son regard changea et il la détailla de la tête aux pieds en claquant la langue. L’air rusé, il lui annonça que ce serait 20 dollars et qu’il coupait le compteur. Elle accepta ; c’était quatre fois le prix de la course. Elle s’installa dans le taxi qui puait les pieds de son propriétaire et ferma les yeux, s’interdisant de penser à Elvin.
Le chauffeur jeta un coup d’œil malsain dans son rétroviseur. Il avait le visage luisant. Pour cacher sa calvitie, il avait laissé pousser en longueur les rares cheveux du côté gauche de sa tête et aplati la longue mèche maigre sur le haut de son crâne. Linda eut l’idée saugrenue qu’il ferait mieux de se raser complètement ou de s’offrir un toupet. Ces pitoyables fils grisonnants et sales qui striaient le haut de sa tête lui donnaient une allure à la fois misérable et malsaine. Qu’est-ce qu’elle en avait à foutre !
- « Alors ma jolie, on va rigoler un peu dans Tremont ? » (1)
Elle ne dit rien.
« - Vous pourriez me répondre. Je suis plutôt sympa de vous emmener. J’en connais des tas qui ne seraient pas aussi serviables que moi, et je pourrais changer d’avis. Même que je pourrais vous laisser là. Vous êtes à plus de dix bornes de l’adresse que vous m’avez donnée. Alors, c’est pourquoi que vous allez dans cette zone de merde ? C’est pour une partie de jambes en l’air ? ».
Il gloussa de convoitise et s’étrangla dans sa salive ;
« - Mais, d’un autre côté, si vous êtes gentille, je peux vous emmener gratos. Hein, qu’est-ce que tu en dis ma puce ? Un de plus ou un de moins, la belle affaire. J’aime les nanas qui ont des longs cheveux et des petits seins, hein, exactement comme toi ». Il avait ralenti, posant un coude sur le rebord de la banquette pour mieux la détailler. Il braqua soudain et se glissa en cahotant dans le boyau qui s’ouvrait sur l’avenue, une sombre impasse déjà repoussante de poubelles éventrées.
(1) Quartier du West Bronx
(illustration : photo Philip. New York City - 2001)
|