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Lettres Imaginaires (George Sand/Philip de Berg)
George Sand : (domaine de Nohant)
Mais quand tu seras seul, quand tu auras besoin de prier et de pleurer, tu penseras à moi, à ton vrai camarade, à ton infirmière, à ton amie, à quelque chose de mieux que tout cela ; car le sentiment qui nous unit s'est formé de tant de choses, qu'il ne peut se comparer à aucun autre. Le monde n'y comprendra jamais rien, tant mieux.
Philip de Berg :
Ô, vous mon cher Ange, dans mes cieux blafards,
Lorsque se fracasse dans un flot de larmes,
Mon horizon fiévreux sous un soleil sans fard,
Vous êtes loin de moi et de mes vacarmes,
Mais mon cœur languissant sera là, à prier,
Humblement à genoux, à ne jamais mourir,
Et reprendre la mer comme un si fier voilier,
Sur vos doux océans, pour toujours vous chérir.
Mon cœur n’est que regrets……
George Sand :
Mais ton cœur, mais ton bon cœur, ne le tue pas, je t'en prie. Qu'il se mette tout entier ou en partie dans tous les amours de ta vie, mais qu'il y joue toujours son rôle noble, afin qu'un jour tu puisses regarder en arrière et dire comme moi, j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois mais j'ai aimé.
Philip de Berg :
Ô, vous ma chère âme, ces jours que j’ai vécus
N’eussent été que du vent qui se lamente en vain
Comme erre l‘orphelin que l’enfance a vaincu.
Mon cœur est bien vivant, il bat au lendemain
Fragile et suspicieux, enseveli de nuit
Sous son linceul étroit qui ravine nos vies,
Rogue et lapideux quand reviennent les pluies
Sauvages que nos yeux ont pris pour hérésie.
Oui mon cœur est bien là. Au rythme adamantin,
Il mesure mes pas qui se figent en mourant,
Au pied des grands miroirs aux fastes byzantins.
Ne souffrez plus mon cœur, votre âme est un diamant.
Mais mon cœur n’est que regrets……
George Sand :
C'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.
J'ai essayé ce rôle dans les instants de solitude et de dégoût, mais c'était pour me consoler d'être seul, et quand j'étais deux, je m'abandonnais comme un enfant, je redevenais bête et bon comme l'amour veut qu'on soit.
Philip de Berg :
Mais, de cet abandon, j’y trouvais la grâce
De ces instants défunts qui murmuraient pourtant
Que les soirs sont lassés du chant des audaces
A jamais retenues comme un fruit luxuriant.
Que ma bonté, enfin, là s’étende à vos pieds,
Comme un tapis d’orgueil terni par les serments,
Sans plus jamais pleurer les sinueux sentiers,
Qui conduisaient vos pas en sourds accablements.
Mon cœur n’est que regrets……
Georges Sand :
Qu'allons-nous devenir? Il faudrait que l'un de nous eût de la force, soit pour aimer, soit pour guérir, et ne t'abuse, nous n'avons ni l'une ni l'autre, et pas plus l'un que l'autre.
Philip de Berg : (au château de Lanzais)
De nos chaos roussis ou de nos ivresses,
Nous étions titubants, à relever l’espoir
De lendemains fuyards transis de tendresse,
Priant à en crever en repoussant le soir.
Mais la force d’aimer, plus forte que le Temps,
D’un souverain exil, nourrira nos dépits
Et sans outrepasser nos sourds pressentiments,
Redonnera aux cieux leurs splendeurs abolies.
Mais mon cœur n’est que regrets……
George Sand :
Voilà pourquoi je crois en toi et te défendrai contre le monde entier jusqu’à ce que je crève. Maintenant, qui voudra peut me maltraiter, me déchirer, je puis souffrir, je sais que tu existes.
Philip de Berg :
Mais si j’existe encore, où suis-je dans ta nuit ?
Dans un noir corridor, comme une ombre oubliée ?
Ou bien près du Néant, aux portes de l’Ennui ?
Pourtant je suis debout, en astre familier
Qui attend de mourir à l’aurore attendrie
Quand bien, les pluies d’hiver cesseront de pleurer,
Quand renaîtront enfin nos tendres griseries,
Dans ces printemps soyeux qu’on ne peut abjurer.
Mon cœur est noyé de regrets.
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La nuit est tombée, le poète s’est assoupi. Sa fièvre l’a vaincu le temps d’une pâmoison. Aux premières heures de l’aube, gardera-t-il le souvenir de ce qui ne fut peut-être qu’un rêve ?
La scène est plongée dans le noir. Puis, imperceptiblement se dresse une autre silhouette, soupirante, à peine éclairée par la lumière tremblotante d’une chandelle. Dans la nuit, le poète s’est mis à écrire. Il voulait rajouter une dernière scène à ses « Caprices de Marianne ». Mais il couche sur la feuille quelques vers, pour un Après qui viendra un jour. Alfred de Musset écrit :
« Rappelle-toi, quand sous la froide terre
Mon coeur brisé pour toujours dormira;
Rappelle-toi, quand la fleur solitaire
Sur mon tombeau doucement s'ouvrira.
Je ne te verrai plus ; mais mon âme immortelle
Reviendra près de toi comme une soeur fidèle.
Écoute, dans la nuit
Une voix qui gémit :
Rappelle-toi. » (A. de Musset).
(ce repost est un amical clin d'oeil à Marie-Claude dont je venais de commenter le dernier poème).
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