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Lettres Imaginaires (re-post) à Marie-Claude

le vendredi 10 avril 2015, à 13:29. Posté par Philip de Berg


    Lettres Imaginaires (George Sand/Philip de Berg)

    George Sand : (domaine de Nohant)
    Mais quand tu seras seul, quand tu auras besoin de prier et de pleurer, tu penseras à moi, à ton vrai camarade, à ton infirmière, à ton amie, à quelque chose de mieux que tout cela ; car le sentiment qui nous unit s'est formé de tant de choses, qu'il ne peut se comparer à aucun autre. Le monde n'y comprendra jamais rien, tant mieux.

    Philip de Berg :
    Ô, vous mon cher Ange, dans mes cieux blafards,
    Lorsque se fracasse dans un flot de larmes,
    Mon horizon fiévreux sous un soleil sans fard,
    Vous êtes loin de moi et de mes vacarmes,
    Mais mon cœur languissant sera là, à prier,
    Humblement à genoux, à ne jamais mourir,
    Et reprendre la mer comme un si fier voilier,
    Sur vos doux océans, pour toujours vous chérir.
    Mon cœur n’est que regrets……

    George Sand :
    Mais ton cœur, mais ton bon cœur, ne le tue pas, je t'en prie. Qu'il se mette tout entier ou en partie dans tous les amours de ta vie, mais qu'il y joue toujours son rôle noble, afin qu'un jour tu puisses regarder en arrière et dire comme moi, j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois mais j'ai aimé.

    Philip de Berg :
    Ô, vous ma chère âme, ces jours que j’ai vécus
    N’eussent été que du vent qui se lamente en vain
    Comme erre l‘orphelin que l’enfance a vaincu.
    Mon cœur est bien vivant, il bat au lendemain
    Fragile et suspicieux, enseveli de nuit
    Sous son linceul étroit qui ravine nos vies,
    Rogue et lapideux quand reviennent les pluies
    Sauvages que nos yeux ont pris pour hérésie.
    Oui mon cœur est bien là. Au rythme adamantin,
    Il mesure mes pas qui se figent en mourant,
    Au pied des grands miroirs aux fastes byzantins.
    Ne souffrez plus mon cœur, votre âme est un diamant.
    Mais mon cœur n’est que regrets……

    George Sand :
    C'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.
    J'ai essayé ce rôle dans les instants de solitude et de dégoût, mais c'était pour me consoler d'être seul, et quand j'étais deux, je m'abandonnais comme un enfant, je redevenais bête et bon comme l'amour veut qu'on soit.

    Philip de Berg :
    Mais, de cet abandon, j’y trouvais la grâce
    De ces instants défunts qui murmuraient pourtant
    Que les soirs sont lassés du chant des audaces
    A jamais retenues comme un fruit luxuriant.
    Que ma bonté, enfin, là s’étende à vos pieds,
    Comme un tapis d’orgueil terni par les serments,
    Sans plus jamais pleurer les sinueux sentiers,
    Qui conduisaient vos pas en sourds accablements.
    Mon cœur n’est que regrets……

    Georges Sand :
    Qu'allons-nous devenir? Il faudrait que l'un de nous eût de la force, soit pour aimer, soit pour guérir, et ne t'abuse, nous n'avons ni l'une ni l'autre, et pas plus l'un que l'autre.

    Philip de Berg : (au château de Lanzais)
    De nos chaos roussis ou de nos ivresses,
    Nous étions titubants, à relever l’espoir
    De lendemains fuyards transis de tendresse,
    Priant à en crever en repoussant le soir.
    Mais la force d’aimer, plus forte que le Temps,
    D’un souverain exil, nourrira nos dépits
    Et sans outrepasser nos sourds pressentiments,
    Redonnera aux cieux leurs splendeurs abolies.
    Mais mon cœur n’est que regrets……

    George Sand :
    Voilà pourquoi je crois en toi et te défendrai contre le monde entier jusqu’à ce que je crève. Maintenant, qui voudra peut me maltraiter, me déchirer, je puis souffrir, je sais que tu existes.

    Philip de Berg :
    Mais si j’existe encore, où suis-je dans ta nuit ?
    Dans un noir corridor, comme une ombre oubliée ?
    Ou bien près du Néant, aux portes de l’Ennui ?
    Pourtant je suis debout, en astre familier
    Qui attend de mourir à l’aurore attendrie
    Quand bien, les pluies d’hiver cesseront de pleurer,
    Quand renaîtront enfin nos tendres griseries,
    Dans ces printemps soyeux qu’on ne peut abjurer.
    Mon cœur est noyé de regrets.
    ……………………………………………………
    La nuit est tombée, le poète s’est assoupi. Sa fièvre l’a vaincu le temps d’une pâmoison. Aux premières heures de l’aube, gardera-t-il le souvenir de ce qui ne fut peut-être qu’un rêve ?
    La scène est plongée dans le noir. Puis, imperceptiblement se dresse une autre silhouette, soupirante, à peine éclairée par la lumière tremblotante d’une chandelle. Dans la nuit, le poète s’est mis à écrire. Il voulait rajouter une dernière scène à ses « Caprices de Marianne ». Mais il couche sur la feuille quelques vers, pour un Après qui viendra un jour. Alfred de Musset écrit :
    « Rappelle-toi, quand sous la froide terre
    Mon coeur brisé pour toujours dormira;
    Rappelle-toi, quand la fleur solitaire
    Sur mon tombeau doucement s'ouvrira.
    Je ne te verrai plus ; mais mon âme immortelle
    Reviendra près de toi comme une soeur fidèle.
    Écoute, dans la nuit
    Une voix qui gémit :
    Rappelle-toi. » (A. de Musset).

    (ce repost est un amical clin d'oeil à Marie-Claude dont je venais de commenter le dernier poème).

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commentaires ( 11 ) (Ajouter un commentaire)
violette le vendredi 10 avril 2015, à 14:37
et je vis tout cela le piano de Chopin, le théâtre mini
merci pour ces jolies lettres

Marie-Claude ( scarlatine) le vendredi 10 avril 2015, à 14:38
merci beaucoup mon cher Phllip, tu es un être aussi brillant que sensible.....
je suis si touchée que tu ai pensé à moi , ton grande âme n'a d'égal que ton talent !
je me sens infiniment petite à côté de toi
je te remercie de mettre autant de chaleur et
de convivialité à ce site, c'est merveilleux......
bises et beaucoup de soleil dans ton coeur

vio le vendredi 10 avril 2015, à 15:07
il manque le début de mon com j'ai visité Nohant en 70

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 10 avril 2015, à 16:58
Pour MARIE-CLAUDE :
Merci pour cette avalanche de compliments. Compliments qui toujours me gênent (mais me font plaisir aussi ! sourires !)
"Grande âme" ? Une fois de plus, le mot est fort ! Mais on dira plutôt "générosité de coeur". Ca je le revendique. Et justement, puisque tu souligne que je mets "beaucoup de chaleur et de convivialité" sur le site, oui, cela en fait partie. C'est volontaire. Il se trouve que -je vais finir par m'en plaindre ! - j'ai un peu trop de sociabilité dans l'univers qui m'entoure. C'est parfois une sorte d'étouffement. Peut-être parce que je suis quelqu'un de chaleureux de nature. Aussi, quand, par le plus grand des hasards, je me suis trouvé sur mes poemes.net, je m'y suis senti presque plus à l'aise qu'avec mes amis et relations de tout bord, non pas parce que nous sommes dans le virtuel (j'ai rencontré en "live" à peu près une dizaine de poètes, certains sont devenus des ami(e)s que je vois régulièrement), mais parce qu'il y a une sorte de dénominateur commun qui nous lie. J'évoque souvent le "comprendre ce qui nous rassemble", tu fais partie des nouveaux/nouvelles que j'ai commencé à lire et commenter, et la simplicité et la gentillesse de ces échanges sont très agréables. Se sentir "infiniment petit" à coté de moi ?
1/Je me fiche totalement des différences de culture d'approche, de style, etc...des uns par rapport aux autres
2/ S'il se trouve que j'écrive pas trop mal, c'est....."un point de détail", car un être humain s'apprécie dans sa totalité et, si je ne suis pas le pire des hommes, j'ai énormément de défauts ou faiblesses (quelques qualités quand même), et donc en cela je n'ai rien de "merveilleux". Et puis, attention, mettre trop de chaleur, cela joue des tour sans qu'on s'y attende !!!!
En tout cas, merci pour tes échanges si sympathiques. J'ai eu l'idée de reposter ces lettres imaginaires en te les dédiant, car j'ai soudain trouvé que ça allait bien en continuité avec le poète que je t'ai commenté (en tout bien tout honneur, cela va de soi ! :o) )
Alors, beaucoup de soleil dans ton coeur, à toi aussi et agréable soirée. Bises et amitiés. Philip.

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 10 avril 2015, à 17:03
Pour MARINE :
Ma pauvre Marine, j'ai été tellement long à remercier ci-dessus Marie-Claude, et à lui dire en quoi je ne méritais pas tant de superlatifs, que me voici épuisé pour t'écrire un long commentaire ! So, sorry !
Je te dirai, pour te répondre que - musicien de piano de surcroît - je préfère de loin la liaison qu'à eu George Sand avec Frédéric Chopin (dont je visite régulièrement la tombe, au Père Lachaise, pas loin de chez moi) que celle avec Musset.
La liaison Sand/Chopin fut tout aussi orageuse, mais Musset m'a paru un peu fade dans cette liaison amoureuse (avis tout à fait perso).
J'ai eu l'occasion de visiter la Chartreuse de Valdemosa, à Mallorque, qui abrita un temps les amours de Sand et Chopin.
A bientôt. Bises et amitiés. Philip.

lilo le vendredi 10 avril 2015, à 22:49
C'est vraiment beau. Bisou

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le samedi 11 avril 2015, à 10:17
Bonjour, chère Lilo. Oui, il y a (avait) des moments où j'écris (vais) de belles choses. J'ai toujours aimé la vie amoureuse fascinante de ces artistes à la belle âme comme l'étaient écrivains et musiciens. Et pardon d'avoir eu l'immodestie de vouloir me substituer, dans ce petit exercice, à quelqu'un comme Alfred de Musset ! Mais ce n'était qu'un petit jeu romantique. Bisous, Lilou et bon week-end. Philip.

domi le dimanche 12 avril 2015, à 06:55
Ouah, bravo Phil ! ah oui quel romantisme, on croirait ces lettres écrites par les intéressés vraiment...
encore bravo et beau dimanche à toi, bisous.

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le dimanche 12 avril 2015, à 09:53
Coucou, Domi. Bah, je n'ai pas trop grand mérite. D'une part, j'adore ce que l'on appelle les exercices de style. C'est une sorte de mimétisme que j'ai un peu appris dans le cadre de mon métier. Maiiiiiis, je reconnais qu'il faut que cela plaise. Je te dirais, en matière de musique, le principe est le même, que j'adore improviser - très modestement - quelques mesures, "à la manière de" Debussy, Lizst ou Satie. Mais là ce serait presque plus facile, car tu sais que les règles de l'harmonie sont immuables et tant à l'oreille qu'en regardant la partition, on finit par comprendre comment nos maîtres avaient leur "patte" d'écriture.
Un peu comme les différentes "cadences", tu sais les "parfaites", "plagales", "à la dominante", "rompues", ont les place pour avoir certain effets ou ressentis.
Bon, il faut ajouter à cela, quand même, que j'ai toujours eu l'âme romantique. Ca arrange !!!! Sourires.
Je te souhaite à toi aussi un bon dimanche. Bisous. Philip.

Micheline 1940 le mercredi 22 avril 2015, à 11:09
C'est charmant ces échanges ! Charmant et difficile, et il en faut du Talent pour donner vie à pareils duettistes! Bien amicalement, M.

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mercredi 22 avril 2015, à 11:24
Bien chère Micheline, merci d'être passé sur ce re-post.
Je ne sais si c'est du talent. Mais ce qui est sûr est ma passion pour la littérature SOUS TOUTES SES FORMES. S'il y a un petit travail des méninges à faire pour essayer de prendre l'ambiance d'un auteur, ce n'est cependant pas un travail près personnel. J'ai tout simplement lu la correspondance entre Sand et Musset, puis me suis replongé dans leurs tumultes amoureux. C'est exactement pareil pour mon "sulfureux" feuilleton, "Stranded", où je me suis fondu dans les milieux glauques et désespérés et dans les coulisses du rock'n roll et de leurs idoles déchues.
Je viens de poster d'autres "lettre imaginaires". Celles d'un instituteur partie faire la guerre dans les tranchée pendant la Grande Guerre : autre ressenti, autre imaginaire et.....l'émotion m'a étreint, je puis te/vous le dire. Enormément. Le temps d'écrire ce poème/prose, j'étais sous la mitraille et dans le froid, la mort autour de moi. Mais j'étais tranquillement installé dans mon salon.....mais ailleurs ! Bien amicalement, chère Micheline. Philip.

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