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Chapter 2 : Flashback number two
New-York – près de Coney Island (7 : 00 am)
Elvin retourna à la limousine pour prendre une autre canette de Rolling Rock, sa bière préférée. Il a hésité avant de s’enfiler une deuxième bière. C’est vrai qu’il est tôt, bientôt sept heure du mat’, mais qu’importe.
Il est fatigué, très fatigué. Pas de sa nuit blanche, mais de cette putain de long road qu’il descend depuis tant d’années.
Il s’assied sur la banquette de la limo et met la radio. Le haut-parleur déverse un flot de sirop roucoulant devant un backsound de mariachis, dont il reconnaît qu’il appartient à cette petite dinde de Graziela Beltran, une lolita – assez moche - venu du Costa-Rica dans les années 90 et qui persiste à séduire encore tous les latinos des States.
« Quisiera Amarte Menos », son dernier tube ! Il regarde la FM band de l’auto-radio, sur lequel s’affiche la station : WQBU La Que Buena. Une radio qui passe de la latina music à longueur de journée. Il connaît vaguement Miguel, l’un des DJ qui fait la nuit, et avec qui il avait partagé quelques lignes de blanche l’été dernier chez Rincon, un bar branché sur Sherman Avenue.
Elvin change de station et se branche sur WCBS, une radio qui ne passe que des Oldies. Claquement sec de l’opercule de la canette qu’on ouvre, première gorgée – enfin, c’est pas la première depuis ce matin, songe Elvin – et il ferme les yeux. « Honey, I hate to be the one, I'm gonna need it now”. Putain de flash ! Janis Joplin, I got dem ‘ol Kozmic Bluuuuees ! Décidément ce petit matin crasseux, c’est le rendez-vous de tous les souvenirs qui remontent à la mémoire. Janis, un souvenir fulgurant et beaucoup d’amertume aussi.
San Francisco – August 1971
C’était, voyons, en 70, non plutôt en 71, lors de l’enregistrement de Pearl, son dernier album en studio. Elvin traînait ce soir-là à Sausalito. Janis aussi, après toute une journée poisseuse au cours de laquelle elle n’avait pas été capable de mettre en boîte le vocal de Cry Baby. Faut dire que son prod’, Paul Rothchild, avait eu l’hasardeuse idée de la sevrer de Southern Comfort. Les prises n’avançaient pas vite. C’était pas de la faute de Ramon, un ingé-son génial. Mais l’ambiance était tendue dans le studio. Pourtant l’album était presque terminé.
Elvin en était à son énième Jack Daniels, lorsque Janis entra dans le bar. Il ne l’avait pas aperçu tout de suite. C’est en entendant son rire féroce suivi surtout par les premières mesures de Ball and Chained, entonné a capella d’une voix éraillée mais gorgée et étincelante de blues, qu’il leva les yeux. Le contact fut facile. Janis est déprimée et fatiguée. Elle a déjà écumé plusieurs bars avant d’atterrir ici. Sausalito est un endroit hype mais discret, de l’autre côté de la baie de Frisco. On peut se saouler la gueule discrètement, sans que le San Francisco Chronicles vous balance un article venimeux, le lendemain matin, photos à l’appui.
Et Janis parle, n’arrête pas de parler, toute une partie de la nuit.
- « Tu sais Baby, sur scène je fais l’amour à 25.000 personnes, et pour finir, je rentre toute seule chez moi ! ».
Elle parle de l’album aussi qui, une fois terminé va être mixé à New-York. Elle n’aime pas les studios de New-York. Et puis il y a ces enfoirés de musiciens du Full Tilt Boogie qui ne sont pas à la hauteur. Le guitariste surtout, ce petit branleur de John Till que lui a quasiment imposé Brad Campbell, le bassiste. John lui a massacré le chorus de Move Over.
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