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LES QUATRE MATINS DU MONDE

le jeudi 05 mars 2015, à 18:35. Posté par Philip de Berg


    Au premier matin du monde, ensevelie sous la feuillée,
    La rose, éclairée des murmures du vent s’émeut de l’astre d’or
    Qui tourbillonne et s’effondre, tandis que meurt l’ivraie.
    Sous les paupières closes des cieux blafards, l’innocent dort,
    Rêvant de grèves aux sables clairs et d’ardentes tempêtes,
    Quand les horizons se déchirent sous l’éclat d’arrogants flambeaux.
    Nature ! Sorti des flots, tremblant et nu, le cœur honnête,
    Je frissonne et, farouche, des jours naissants prends les lambeaux.

    Au second matin du monde, quand la toile est transfigurée,
    Je n’ai rien que la joie profonde et soumise de l’Ame heureuse,
    Qui, sous l’ombre fanée de la vague bigarrée,
    S’avance en complice de l’heure batailleuse.
    Ce sont les dédains prodigieux du jour féroce et insolent.
    Et sur la rive des sermons, brillent encore nos Infinis,
    Nos solitudes fardées de fièvres, d’aubades noires et de tourment,
    Nos latitudes bardées d’espoir comme de vieux brocards ternis

    La Haine avance, souveraine, en ricanant comme une hyène,
    Trainant son Néant éternel quand la Mort s’est réconciliée
    Pour engloutir les cris voraces, la sombre pâleur des sirènes.
    Debout devant l’abime obscur, nous serons les Titans d’airain,
    Qu’une orgueilleuse Providence conduira sur les contreforts
    De ces ombres impérissables à l’affut de nos lendemains.
    Dans le soupir de l’Aube claire, une ombre infâme enfin s’endort.

    Au dernier matin du monde, le vent dispersera les cendres,
    Et dans l’immensité du Temps, au pied des marbres tressaillant,
    J’irai m’incliner humblement, et pour essayer de comprendre
    Où meurent un jour nos pas vacillants,
    J’implorerai les cieux, les flots et les montagnes,
    Jusqu’aux derniers tombeaux des forçats sans fortune.
    Et comme au premier jour, j’irai dans la campagne,
    Pour guetter le parfum des moissons opportunes.
    ………………………………………………………………………….
    Et là-bas, dans ce monde rêvé, à la première aurore,
    Au dernier crépuscule,
    Le chant des roses est immortel.

    (poème écrit volontairement en forme libre.
    Illustration : montage et collage à partir de quatre photos de matins)

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commentaires ( 16 ) (Ajouter un commentaire)
bluegirl le jeudi 05 mars 2015, à 19:11

J'aime bien cette lecture, et surtout l'humilité de cette dernière strophe. Quels cheminement que ces matins que tu affectionnes dans le partage !
Joli montage ! bises, Lola.
mespoemes.net/bluegirl


Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le jeudi 05 mars 2015, à 19:38
Bonsoir Lola. Merci d'être passée me lire. Je donnerai un peu plus tard une explication sur "l'esprit de ce poème". En fait, ce que je peux te dire c'est que, comme d'hab' des mots, des titres pour de futurs poèmes me viennent en tête. Il y a deux jours ce fut "les quatre matins du monde". Mais sans savoir de quoi j'allais parler !!!! Lol ! Ce n'est que tout à l'heure, après avoir vu le téléfilm en replay sur la vie de la comédienne Arletty que l'idée m'est venue. Mais la symbolique du poème est plus compliquée (et n'a d'ailleurs rien à voir avec le film, juste le plan émotionnel). Patience, j'y reviendrai. Tout comme je passe demain, sereinement, commenter ton dernier poème.
Le montage ? J'ai un truc d'enfer pour faire ce genre de collage. Assez facile en fait. Et ça donne des trucs sympa. Te l'expliquerai si ça t'intéresse. Et aucun problème pour réduire ensuite à 50 ko. Bises et très bonne soirée et bonne poésie et projets. Philip.

Salus le jeudi 05 mars 2015, à 20:38

...Pas mal du tout !

(Si je peux me permettre, je trouve la répétition de "fardée" disgracieuse)

imparfait le jeudi 05 mars 2015, à 20:56
Que ces 4 matins t'inspirent de grandes et belles choses qui vont de l'aurore au crépuscules où ton imagination vogue sur les vagues d'un surnaturel haut en effets et en couleurs.
Je n'ai pas tout compris dans ce passage :
"Nature, sorti des flots, tremblant et nu, le cœur honnête, Je frissonne et farouche, des jours naissants prends les lambeaux. "
Par contre; j'ai beaucoup aimé, moi aussi, le dernier paragraphe surtout :" j'irai m'incliner humblement" et tu sais le sens profond que je donne à ce mot car pour moi l'humilité est la plus grande richesse de l'être humain.
Merci pour le partage des senteurs des moissons.
Bises Philip

domidom le jeudi 05 mars 2015, à 21:39
Beau n'est pas le mot qui convient, je dirais, (sublime)!!!
Personnellement, je ne trouve pas les mots, j'avoue avoir été subjugué par ce texte...
Je l'ai d'abord parcouru du regard, le trouvant un peu long, accrochée par quelques mots, je l'ai lue, relue, et encore, avec une intense ferveur... J'ai bu chaque mot, j'ai essayé de pénétrer à l'intérieur de ce texte, tout y est splendeur et émotion....
Que dire de plus, j'ai adoré, et je viendrai le relire pour m'en délecter à souhait...
Bises, Domie...

Domidom le jeudi 05 mars 2015, à 21:40
(Excuses les fautes)...Domie

violette le jeudi 05 mars 2015, à 21:44
je me sens au dernier matin
magnifique
incline toi vers l'ombre de moi

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 06 mars 2015, à 08:00
Pour SALUS & IMPARFAIT: Venons-en tout de suite aux coquilles. Merci Salus, de la remarque. Ah, je n'ai pas pensé à rectifier. Oui, le premier "fardée" (qui pourtant aurait pu avoir du sens dans le vers concerné) était en fait "fanée". Tu sais que moi aussi, j'aime ces figures de style que l'on nomme du nom savant de paronomase. On a donc, à quelques vers de distance "fanée" et fardée. J'y ai mis aussi de légères allitérations pour donner de l'effet (comme : forçats sans fortune = ça/sans, for-, for-). Merci. La rectification est faite.
Au passage, pour Imparfait, une erreur et un manque en ponctuation ont altéré le sens des deux derniers vers de la première Strophe : Il fallait lire : "Nature ! ........Je frissonne et, farouche, ......" J'ai rectifié. Je reviendrais sur le fond du poème plus tard. Merci à vous. Philip.

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 06 mars 2015, à 11:27
Bonjour à tous. Bien, je vais commencer à répondre sur le fond :
Pour DOMIE :
Ahhhhhh, je vais faire encore les gros yeux : pourquoi l'adjectif "sublime" !!!! Sublime désigne ce qui est le plus élevé !!! Mais si tu prends l'autre définition du Larousse "dont les sentiments conduisent à une grande élévation", alors là je préfère. La poésie (pas toute hélas) est là pour élever notre esprit. Oui tu as raison, ce poème donne une impression de longueur. Je l'ai voulu en libre, pour ne pas être cantonné à des quatrains en alexandrins, insuffisants pour décrire ces quatres matins. Alors, ça donne des vers avec énormément de pieds. Mais bah, c'est comme ça. J'explique plus loin ce que sont ces "matins". Merci, Domie. Bisous. Philip.

Pour MARINE :
Oui, c'est le dernier matin qui compte. Il symbolise le monde apaisé.
Très belle formulation que ton "incline toi vers l'ombre de moi". Ce n'est pas moi qui vais m'incliner vers toi, mais plutôt le monde et la VIE chère Marine. Et ce n'est pas une....ombre qu'elle verra, mais ce qu'il y a de lumière qui brille, comme en chacun de nous. Bonne journée. Amitiés. Philip.

Pour IMPARFAIT :
Merci d'avoir apparemment aimé ce poème, apparemment "lourdingue" dans sa forme (quand on n'écrit plus en alexandrins, ne fussent-ils que néo-classique, ça fait tout drôle !).
Le passage "Nature ! Sorti des flots..." ?
Avec une meilleure ponctuation, ça donne ça :
- Invocation de la Nature (les matins du monde n'ont pas pour cadre nos villes grises et enfumées !). Je frissonne au matin et l'esprit méfiant et rebelle (usage de "farouche), je ramasse les lambeaux, ce qui reste des jours naissants (les mauvaises aubes qui n'apportent ou n'ont rien apporté de bon !).
Pour le reste, l'humilité, je suis d'accord avec toi est une grande vertu. Tu te doutes peut-être que j'ai souffert toute ma vie de devoir souvent "me mettre en avant" pour exister et mon bagage culturel était ma baguette magique, au désespoir de passer pour quelqu'un manquant d'humilité. J'essaie de mettre notamment l'humilité en application sur le site, mais avec toujours ce handicap de faire valoir toutes ces choses de l'esprit que j'ai eu la chance d'emmagasiner (tout en étant passé à côté de certains essentiels). Bien à toi. Bises. Philip.

Pour LOLA :
Quelques mots sur le fond de ton com' maintenant. Tiens c'est marrant que, comme Imparfait tu aies évoqué l'humilité. Oui, je voulais terminer ainsi mon dernier matin poétique (explications plus haut, à Imparfait).
Bien perspicaces vos remarques sur cet aspect essentiel du poème.
Oui j'affectionne plus que tout le partage et mespoemes.net en est un lieu magnifique (quand le respect est là. Merci à toi et à Loïc, vous veillez bien à cela).
Oui, ce poème, de matins en matins est bel et bien un cheminement.
Mais....encore un peu de patience, j'attends encore un peu que d'autre ami(e)s viennent peut-être me commenter pour expliquer la symbolique de ce poème. Bises. Philip.

imparfait le vendredi 06 mars 2015, à 13:14
Ok Philip alors perso je l'aurai écrit comme ça :
Nature ! Sorti des flots, tremblant et nu, le cœur honnête je frissonne et, farouche des jours naissants, prends les lambeaux.
Pas de virgule après honnête, ni après farouche mais après naissants.
Sinon on se demande qui "prends les lambeaux".
Bises Philip et merci

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 06 mars 2015, à 18:47
Ah oui, en effet. Mais tu sais, en écrivant ma fin de vers, ou "lambeaux devait donc rimer avec "flambeaux", je pensais en riant au pastiche caustique des gens lettrés, égratigné par Molière dans cette fameuse scène du Bourgeois gentilhomme "Marquie vos beaux yeux me font mourir d'amour.....D'amour marquise, vos yeux, beaux, mourir me font.....mourir, vos beaux yeux, Marquise me font !" (sourire !). Ainsi, "frissonnant, les lambeaux je prenais" dans mon vers !
A bientôt. Bises, Imparfait, te fais. Philip.

imparfait le vendredi 06 mars 2015, à 19:05
ou dans mon verre???? rire
bises Philip

louis le vendredi 06 mars 2015, à 21:20
Je crains, hélas, que l'humanité soit encore engluée dans le 3ème matin du monde, celui de la haine qui "avance, souveraine, en ricanant", comme tu le dis si bien.
Amitiés.

Pierre le vendredi 06 mars 2015, à 23:10
Mâtin ! Quel Poète !!!!
Amitiés, Pierre .

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le samedi 07 mars 2015, à 11:45
Pour PIERRE :
J'en discutais hier au téléphone avec un ami poète du site, nous nous disions "parfois l'on est content du poème que l'on vient d'écrire, parfois moyennement, et parfois on repère un vers ou un quatrain que l'on trouve assez bien réussi. C'est mon cas dans ce poème dont je ne puis encore dire s'il me satisfait ou non, mais j'aime bien quelques tournures (avis strictement perso !! Sourire !) Bon week-end. Philip

Pour LOUIS :
Oui, tu as tout à fait raison mon cher Richard. C'est ce que je voulais souligner hélas.

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le samedi 07 mars 2015, à 11:53
A TOUS : que voulais-je exprimer dans ce poème ?
Le premier matin du monde : celui où le monde (à l'origine, avec un peu d'embellissement poétique) est encore pureté et Beauté.
Celui que des amies comme Imparfait ont la chance, au matin, de contempler encore quand le jour s'est levée. Fleurs, roses, enrobée de rosée; Ces fleurs merveilleuses qu'aiment tant bien des ami(e)s poète autant que moi.
Au second matin, c'est la prise de conscience que le monde peut se ternir et s'obscurcir. Le temps passe, et les civilisations semblent être barbares.
Et comme le souligne Richard, la haine, le désordre, le chaos engendré par l'Homme se déchaine.
Alors, je rêve du dernier matin du monde, éternel, où ne règne plus que l'Amour, l'apaisement. Homme, parmi tant d'autres hommes, je prends conscience que je suis mon propre instrument des cieux lourds et gris. Pétri de l'orgueil du monde aussi. Alors l'apaisement ne peut passer que par la cas "humilité", pour se retrouver simplement et continument.
Le dernier matin du monde sera le plus beau.
Amitiés à tous et à toutes. Philip.

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