|
.jpg)
LE DRAME
.......C’est dans ce contexte que survint l’événement qui allait changer à jamais la vie d’Elvin Prisley, icône de toute une génération, guitar hero pourtant adulé. Oh, on connaissait bien l’anecdote sordide, dans les bios qui lui étaient consacrées ; mais voilà, justement, elle n’avait rang que d’anecdote.
C’était un après-midi d’octobre. Joan et lui avaient décidé de vendre un de ses revolvers, par l’entremise d’un de leurs nouveaux amis, un dénommé Alvarez, qui habitait sur les hauteurs de la ville, près du Monte Valeriano. Mais lorsqu’ils arrivèrent chez lui, une gentille petite propriété cachée dernière une grande porte d’entrée et un muret blanc, Alvarez n’était pas là. Cet ancien comptable à la retraite, filait souvent un coup de main aux commerçants d’Hidalgo d’El Parral qui suaient sang et eau pour présenter chaque fin de mois des comptes à peu près en règle à la Direccion de los Impuestos. Il avait la cote auprès des restaurateurs particulièrement. Il y en avait quatre dans la ville, dont un qui tous les vendredis soir faisaient orchestre avec mariachis et tout le toutim.
Mais ce jour-là, donc, Alvarez tardait à rentrer. Alors, le bar de leur hôte étant open, Elvin et Joan passèrent l’après-midi à boire.
Joan a asticoté Elvin toute la journée, le mettant au défi de prouver son adresse au tir.
- « J’ai commencé à m’enfiler tequila sur tequila » dira Elvin pendant le procès. « J’étais vraiment très saoul ! Et tout d’un coup j’ai dit à Joan : « c’est l’heure de notre numéro de Guillaume Tell. Mets-toi un verre sur la tête ».
Bien qu’ils n’aient jamais joué à ce jeu, Joan s’exécute avec l’abandon insouciant du buveur invétéré. C’est que, la tequila, elle y a pris goût ; elle qui avait pourtant un faible pour le Southern Comfort – « Pour faire comme Janis, disait-elle ! ».
Elle pose un verre en équilibre sur sa tête. Elvin tire, et la balle explose le crâne de Joan, dans une projection de sang et de cervelle mêlée. Un vrai carnage.
Le constat de décès à l’hôpital voisin de Santa Maria del Pilar n’est plus qu’une formalité.
Sur ces instants, on a tout dit, on a tout écrit. Joan était-elle suicidaire ou était-ce la bravade nihiliste d’une alcoolique.
Elvin se souvient ; comment pourrait-il oublier jamais ? Depuis, la presse mal intentionnée s’est toujours posé des questions. Prisley a-t-il été un criminel, dissimulant son crime sous couvert du jeu ? Il n’y a sans doute rien eu de prémédité dans cet événement qui ne fut probablement qu’un accident dû à l’alcool.
- « Moi, un criminel ? » se répétait chaque soir Elvin, « c’est plutôt moi qui me suis assassiné, jusqu’au dernier de mes jours en enfer ».
|