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CREPUSCULE

le lundi 02 mars 2015, à 16:15. Posté par richard






    Lui, qu’un morne rictus de son sommeil libère,
    Ouvre, d’un geste sec, les vieux volets grinçants
    De la chambre, qu’imprègne un ennui tutélaire,
    Sur une aube maussade aux reflets lactescents.

    Elle, au regard brumeux, écarquille un vieux cil,
    L’observe, sans le voir ; il n’est plus qu’une chose,
    Qu’un meuble, avec lequel un mélange subtil,
    Baigne leur existence immobile et morose.

    De la fenêtre, on voit, comme d’un promontoire,
    La campagne endormie s’étaler au lointain,
    Les collines, les bois, les toits d’ardoise noire
    Et les champs où l’on coupe et retourne le foin.

    Dans le petit matin, le vol noir des corneilles
    Traverse le vent frais et le nuage blanc ;
    Deux femmes, dans la haie, récoltent des groseilles :
    Le calme plane sur le village indolent.

    Et c’est dans ce décor, sous un ciel ordinaire,
    Eclairé d’un soleil aux rayons délavés,
    Que s’écoulent leurs jours aux senteurs d’antiquaire,
    Dans l’ombre fugitive inondant les pavés.

    Et puis, cet attirail de meubles surannés !
    Hors d’âge, comme ceux qui peuplent les brocantes,
    Noyés de bibelots, de vieux linges fanés
    Fleurant la moisissure ou la salle des ventes !

    Dans l’oubli d’un boudoir antique et comateux,
    Une rose se voûte au bord d’un soliflore,
    Triste oriflamme sur un guéridon boiteux,
    Blême, se désolant dans sa robe incolore.

    Ils se parlent à peine assis devant leur table,
    Echangeant quelques mots dans le grondement sourd
    Des viandes dégluties dans un bruit exécrable :
    Cela fait bien quinze ans qu’ils ignorent l’amour

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commentaires ( 9 ) (Ajouter un commentaire)
Salus le lundi 02 mars 2015, à 19:37

Terrible, ta peinture :

L'amour, sourd et aveugle
Et son attention veule,
Font du temps quotidien
Ce bien pâle Titien !

Michel ( Signes de Vie ) le lundi 02 mars 2015, à 21:43
Le décor est planté, en effet, et le tour poétique est une réussite.
Bravo !

domidom le lundi 02 mars 2015, à 22:43
C'est tellement bien écrit;;;
Comme dit Michel, le décor est planté, le spectacle peut commencer, il ne manque rien, il y a même ce guéridon boiteux....
Je ne trouve pas les mots pour dépeindre mon ressenti, ce couple dont l'amour se meurt, dans ce cadre désuet, où depuis longtemps ne jaillit plus l'étincelle du bonheur...
Trop bien....
Domie...

louis le lundi 02 mars 2015, à 22:54
Grand merci à toutes et à tous pour vos commentaires élogieux.
Amitiés.

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mardi 03 mars 2015, à 08:05
Bonjour Richard. S'il m'arrive souvent de dépeindre poétiquement les crépuscules (ou les aurores), tu le fait avec force de détail en ce qui te concerne, sans laisser même le moindre détail de côté dirais-je. L'expression "le décor est planté" convient tout à fait, en effet.
Et puis, et puis, il y a la chute du dernier quatrain. Le Temps, en cette heure du crépuscule, semble s'être figé à tout jamais. La rose blême de la fin de l'avant-dernier quatrain annonce la couleur. Le bonheur s'est fanée. Après le crépuscule, le noir néant n'a plus qu'à tout recouvrir. Magnifique ambiance, cher Richard. Il ne resterait plus qu'à situer la scène....euh, voyons, au hasard.....dans la grande pièce poussiéreuse et surannées d'un vieux château....euh, non quand même....d'un vieux manoir ! sourire. Amitiés, Richard. Philip.

violette le mardi 03 mars 2015, à 10:09
terrible vérité
quel tableau
c'est le mien

louis le mardi 03 mars 2015, à 13:45
Merci Philip.
Merci Violette : j'ose maintenant espérer l'abolition de vos foudres à mon encontre depuis ma "bouffonnerie" du 21/02 , (La Violonne).
Merci encore pour la beauté de vos textes.
Richard.

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 06 mars 2015, à 10:50
Cher Richard, ce n'est pas un commentaire ici sur ton poème (déjà fait) mais la remarque par laquelle j'ai noté dans ton profil que tu travaillais dans l'ingénierie. Bien que juriste spécialisé dans le droit administratif, je me suis trouvé à suivre des opérations d'investissement en matière de construction publiques, de VRD, de génie civil.... Et, des circonstances ont fait que j'ai contribué à l'élaboration des textes sur le domaine de la maîtrise d'oeuvre (la loi MOP). Je me suis trouvé être conseiller de l'association des IVF (Ingénieurs des villes de France) et ai enseigné la formation des jeunes ingés des grandes ville (corps du génie urbain). Ce qui fait que ton domaine, je l'ai côtoyé, ai monté des appels d'offres dans tous les domaines (maîtrise d'oeuvre, coordination SPS, contrôle technique, etc.....). Ca ne nous empêche pas d'être amoureux de la poésie, n'est-ce pas ? Bien à toi. Amitiés. Philip.

louis le vendredi 06 mars 2015, à 21:06
Cher Philip.
Oui, tout cela est un peu loin maintenant, au bout de 10 ans, déjà, de retraite. Mais je fais toujours partie de l'association des anciens de ma boîte. Pour être plus précis, je travaillais pour le groupe EGIS (voir internet), société d'économie mixte, principalement dans le domaine autoroutier, en maîtrise d'œuvre. Je me rappelle que les phares des dumpers, dans la poussière et en pleine nuit avaient déjà quelque chose de dantesque !
Amitiés.

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