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AU CHATEAU D'ARPAILLANGES

le samedi 28 février 2015, à 11:20. Posté par Philip de Berg


    Je n’oublierai jamais la lourde silhouette rêvée du Château d’Arpaillanges, de ses dévots matins, aux confins des chants si las d’histoires trop vites oubliées.

    Mais tout ce dont je me souviens, ce sont de vieux donjons blafards que les soirs ont conquis, lorsque des brumes pâles envahissaient les collines.

    Ainsi naissaient les dieux aux pieds de légendes surannées que des voix sourdes nous contaient dans le noir.

    « Ils meurent sans frémir, ces fantômes pierreux ;
    L’usure des jours gris a endormi leur âme.
    Et dans les lierres nus, s’envole, bienheureux,
    Un souffle énamouré que l’aurore réclame »

    Que de nuits j’ai erré dans ces vieux corridors indociles. Je savais côtoyer les plus exquis fantômes. Marquises oubliées, ou laquais endormis.
    Et, comme un diadème sans éclat que des larmes auraient terni, je recherchais en vain, les lustres d’autrefois, guettant les bruits du jour comme on attend la pluie par les soirs enfiévrés des étés languissants.

    «Dans ces couloirs sans vie, dépourvus de cimaise
    Le grotesque mépris de l’Oubli assoiffé
    A fissuré les ors, dans un sournois malaise.
    C’est le Temps qui murmure au matin décoiffé. »

    Où sont ces silhouettes que je devine encore, sur les lierres éteints,
    Quand d’acides remords emportés par le vent, colportent leurs douleurs aux siècles endormis.
    Ainsi sont les légendes, du Château improbable, surgi de fièvres folles, aux derniers jours de Pluviôse.

    Au Château d’Arpaillanges, approchez doucement. A l’orée de vos songes,
    vous y verrez encore des marquises endormies, bercées de pantomimes et de serments fatals.

    Elles rêvent sans détours d’immortelles Venises, de Byzances fiévreuses.
    Mais dans ces vieux murs gris qu’abiment les tempêtes, délaissés par l’Histoire, elles ne sont que des ombres. De pauvres esquisses qu’un peintre à l’âme noire a figées pour toujours.

    « Au château d’Arpaillanges
    Quels sont ces nues étranges
    Qui couvrent de torpeur,
    L’oublieuse ferveur ? »

    Ce ne sont que des mots oubliés, au tracé malhabile sur un vieux parchemin
    que mon âme ramassa un soir. L’ultime cri d’une silhouette enchaînée.
    Dans les murs du château, invisible, étrangère, elle n’a d’Eternité que le nom, et passent ses jours si longs à ruminer les saveurs amères de l’amour *

    (* clin d’œil à un vers de Rimbaud dans le Bateau Ivre)

    [ Le château d'Arpaillanges n'est qu'un lieu imaginaire né de mon inspiration !]

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commentaires ( 16 ) (Ajouter un commentaire)
domidom le samedi 28 février 2015, à 14:08
Bravo, bravo !!!
J'ai eu quelques frissons en te lisant, je craignais de rencontrer quelques fantômes, ce château imaginaire est-il l'objet de tes rêves???
De plus, juste en jetant un regard sur ton illustration, j'ai imaginer un tas de chose, salles de tortures, oubliettes, etc...etc...
J'étais tellement présente dans ton récit, qu'il me semblait sentir dans mon dos le souffle du vent, (un vieux fantôme aigri sans doute)...
J'ai adoré ces escaliers de pierre en colimaçon, ces toiles d'araignées qui pendent du plafond, le cri de la chouette, j'ai aimé ces frayeurs....
A plus, bisous, Domie...

domidom le samedi 28 février 2015, à 14:09
.(J'ai imaginé), oublions le (er)...
Domie...

violette le samedi 28 février 2015, à 14:11
j'adore
j'ai travaillé dans un château autrefois
c'est une expérience intéressante
à toi

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le samedi 28 février 2015, à 18:43
Pour DOMIE :
Je ne sais ce qui m'a pris d'écrire ça. Au départ, j'avais relu la veille un peu de Chateaubriand. Sans me prendre pour lui (ce qui aurait été ridicule), je voulais écrire un petite texte en prose avec de belles phrases et de la délicatesse. Puis j'ai pensé à un Château non abandonné, puis j'ai pensé aux ruines du vieux château de Trinquelages où, dans les 3 messes basses de Daudet, les fantômes des pêcheurs sont condamnés pour l'éternité et mon château d'Arpaillange est devenu un château presque hanté ! Bisous, Domie. Philip.

Pour MARINE :
Je me doute que passer du temps, pour quelque motif que ce soit dans un château doit être très très plaisant. J'adore les vieilles pierres tout comme je hante les musées et les expos. Take it easy and take care. Passe un bon dimanche mon amie. Amitiés. Philip.

violette le samedi 28 février 2015, à 19:32
can't take it easy but you help me so

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le samedi 28 février 2015, à 19:50
Pour MARINE :
Our poems, our words are just to comfort the soul. Could my daily words bring to you the inner peace you need. And dream helps live Life. Some kinda miracle cure ! Comradly yours. Philip.

Cerise le dimanche 01 mars 2015, à 09:50
Bonjour Philip,
Quel adulte n'a pas quelque part niché au fond de son coeur d'enfant, un chateau ?
Je me suis régalée avec le tien.
Sur ses traces, me suis rappelée le mien.
Il existe bel et bien, enfin quelques ruines et une tour dans ma ville natale. Mon terrain de jeu favori quand j'étais enfant.
Ici, tu te racontes avec le talent que l'on te connais. Une plume adulte et élégante où la musique n'est jamais bien loin.
Merci pour ce partage et bon dimanche.
amicalement
Béatrice

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le dimanche 01 mars 2015, à 11:28
Coucou, Béatrice.
Le château parait gentiment hanté, mais pas du tout effrayant comme dans mon poème "le château des brouillards". Mais, il faudrait que je me renouvelle un peu. Pause pour la série des châteaux (sourire) et à chaque fois je mets en jeu des marquises et des princes que je trimballe un peu partout, à Venise, à Florence, à Vienne, même dans mes vieux château. Vais faire un peu la pause avec eux aussi (sourire). Merci d'être passée me lire. Bon dimanche à toi. Amitiés. Philip.

Micheline 1940 le dimanche 01 mars 2015, à 18:52
« Ils meurent sans frémir, ces fantômes pierreux ;
L’usure des jours gris a endormi leur âme.
Et dans les lierres nus, s’envole, bienheureux," ... Combien vous savez, cher ami, me combler ! J'adore les châteaux, les histoires anciennes, les manoirs hantés !
« Au château d’Arpaillanges
Quels sont ces nues étranges
Qui couvrent de torpeur,
L’oublieuse ferveur ? »
Vous ne savez combien "l'étrange" cher Philippe, m'émeut et me bouleverse ! Il m'est presque certain que je reviens de loin, d'un Temps bien reculé, mais présent dans mes fibres, je sens, perçois et vis d'étranges fugaces images, qui me font quelquefois descendre des cimaises, sortir d'une tenture racontant la " Licorne" ou glissant d'un portrait, d'une scène de BRUEGHEL ou bien d’une émouvante fresque d’un baptistère …. Bien entendu, sorti du contexte, on peut trouver cela bien étrange ! Eppure comme disait Galileo ! Ne cessez de nous faire voyager dans le rêve, et celui « éveillé », n’est-il pas plus beau ? Merci encore à vous pour ce délicieux moment ! :) Votre texte m'a positivement enchanté ! Chaleureuses amitiés de M.

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le lundi 02 mars 2015, à 11:26
Pour MICHELINE :
Bien chère Micheline, ravi d'avoir apporté un peu d'émotion ou plus simplement, quelques rimes, insolites et peut-être insolente qui ont réveillées des rêveries. Tu/vous sais il n'est pas évident que tout le monde partage mes voyages, ces "rêves éveillés", car ils sont de cette famille bien douce. La poésie et son ressenti, sont poussés par les seuls vents des sensibilités de l'instant. Un savant poème peut n'apporter que du néant au niveau de l'émotionnel. Un seul quatrain peut bouleverser. Le moment à été....."délicieux" pour toi/vous. J'en suis heureux. Les arrières-plans de nombres de toiles de Brueghel laissent deiner, quand on regarde bien d'étranges forteresse. Et parfois même, esquissés par la plume, des chemins qui y conduisent. Votre âme transfigurée n'a-t-elle pas fait le chemin inverse pour rejoindre ce monde du Beau où la grisaille de nos Purgatoires n'a plus de raison d'être ? Mille amitiés, chère Micheline. Philip.

Micheline 1940 le lundi 02 mars 2015, à 15:56
Je repasserai vous voir, ami, car il me faut aller dormir ! Trop de nuits blanches, et je n'y vois plus rien ! Me pardonnerez-vous ?
Belle et bonne amitié pour vous, cher Philippe ! et merci pour tout ! M.

louis le lundi 02 mars 2015, à 20:43
Après le Château des Brouillards, celui d'Arpaillanges. Aurais-tu un petit côté Viollet-le-Duc ?

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mardi 03 mars 2015, à 07:57
Pour LOUIS (Richard)
Bonjour mon ami. C'est presque une coïncidence si j'ai fait coup sur coup des poèmes sur deux châteaux (tous imaginaires, car sur la Butte Montmartre, à Paris, le château des brouillards n'était qu'un lieu-dit.
Arhcitecturalement ? Eh bien, je vais te dire : je n'ai jamais aimé Viollet-le-Duc. Sentiment que je partage à fond avec un des mes amis, architecte des Monuments Historiques qui pourtant a restauré, plus modestement, pas mal d'édifices. Et m'a expliqué pourquoi et m'a fait encore plus, sinon détester, ne pas aimer du tout Viollet-le-Duc. Beaucoup de gratitude est accordée à Viollet pour ce qu'il a fait. Il a d'ailleurs fait des restaurations très sympa. Mais.....ses restauration du Patrimoine médiéval, quand on a la chance de pouvoir te le faire expliquer, dénature l'original. J'en ai l'exemple avec le château de Pierrefond, près de Compiègne qui pourtant parait joli et joliment restauré quand un oeil profane le regarde. C'était pas petite séquence d'architecture ancienne !!! Amitiés. Philip.

louis le vendredi 06 mars 2015, à 08:40
Tu as tout à fait raison. Je crois qu'il y a aussi beaucoup d'erreurs avec la Cité de Carcassonne.
Amitiés.

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 06 mars 2015, à 10:43
En effet, Richard. Et les exemples sont nombreux.
Dans le genre plus grotesque, j'évoquerai l'architecte contemporain Ricardo Boffil, avec son style neo-classique ! A Montpellier, par exemple, sur la place du nombre d'Or, de pseudo colonnes ioniques servent à masquer les cages d'ascenseurs. Les ascenseur étant larges, les proportions se trouvent donc être plus que non respectées, ce qui accentue le ridicule !!!!!

louis le samedi 07 mars 2015, à 08:55
C'est vrai, mais je vais de moins en moins en ville, me préférant (ascenseur pour la poésie), au pied des colonnes des pins d'Alep, dans la garrigue Montpellieraine.
Amitiés.

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