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I
Sur les berges du Doubs les beaux peupliers d'or
Caressent le miroir avant le crépuscule
A l'heure où le couchant déverse son trésor
Sous les jeunes ormeaux s'endort la canicule
Tandis que tout le bois s'agite tendrement
Que sur les blés ondoie une brise vermeille
Retentit un écho douloureux et charmant
Est-ce le rossignol que le soir bleu éveille
Où l'élégant grillon attendri par l'été
L'opulente saison à l'accent poétique
De son archet divin exhale un air sacré
Tout fleure le lilas sur le val bucolique
Ainsi le paysan au soir s'en va rêver
A travers le terroir en longeant la rivière
Il s'enivre de fleurs, de foin et de beauté
Son héritage à lui c'est un peu la lumière
Le jour s'en va au loin prenant un ton rubis
Sous les rouges rayons une lueur mouvante
Déroule son manteau sur les doigts du maquis
Ce charme irrésistible à l'onde caressante
Par un captif souvenir peut devenir soleil
Au milieu des moissons, terre d'agriculture
Sous le ciel Franc-Comtois, refuge solennel
Il reste assez de prés, de forêts, de verdure
Ainsi le bois de chêne aux troncs large et noueux
Recèle en plein été, de biches, de mystères
Sous les rameaux pleureurs mordorés et soyeux
Tout un peuple oiseaux au bruit d'ailes légères
Ressuscite la vie en secrets battements
Où l'homme est un géant si l'âme reste pure
S'il demeure fidèle aux vieux clochers croulants
Si le vallon fleuri pour lui c'est la luxure
II
Par les soirs fastueux le soleil en mourant
Est une larme d'or fleurissant les clairières
Il dore le feuillage à l'automne dolent
Et couronne la plaine embrasant les poussières
Mélancolique et doux le terroir des aïeux
Dans la sérénité d'un roux ardent, flamboie
C'est un havre de paix comme au temps bienheureux
Donc le rayonnement à le goût de la joie
L'air plein de tintements, de silence et de vent
D'ambre magnifique, au bois devient prière
Tandis que la douceur d'un souffle se défend
Offrant comme un répit d'une noble manière
Pays ceint d'aubépine et de beaux cerisiers
De frais vallons herbeux, de riches pâturages
Où paissent les grands bœuf sous les verts noisetiers
Délivre au promeneur tant de chemins sauvages
Sur le sol du Haut-Doubs la trace des vieux murs
Immuable témoin enchaîne le royaume
D'un duché disparu en des temps bien obscurs
Pourtant demeure encore en chaque clos, le chaume
De même le ruisseau palpite avec émoi
On l'entend au lointain devenir allégresse
Avant de s'endormir quand sa vague décroit
Puis il devient miroir que le zéphire caresse
Ce ravissant tableau, ce superbe décor
A le charme éloquent de la belle montagne
Au flanc des monts abrupts la forêt n'est plus qu'or
Languissant sous le ciel s'embrase la campagne
Mais demain c'est l'hiver qui reprendra son droit
Sculptant le paysage avec la blanche neige
Enserrant le ruisseau de son étau si froid
Pour accueillir décembre avec son blanc cortège
III
Vigny aurait aimer la blancheur du plateau
Quand la bise en hiver tristement se lamente
Que la neige paisible émerveille Morteau
Avec son blanc manteau que l'astre diamante
Ah! qu'il fait bon le soir d'être auprès d'un grand feu
Quand le vent au dehors sans cesse tourbillonne
L'amour pour le linceul en fait est un aveu
Au pied du Haut-Jura vers la fin de l'automne
Les rustres montagnards en chantant des vieux airs
Prenaient un grand plaisir au moment des veillées
Raconter le terroir c'était leur univers
De même que les soirs des immenses chambrées
C'était au temps jadis à la froide saison
L'étable regorgeait de vaches brune et blanche
Richesse paysanne autant que la moisson
Le travaille régnait ainsi sauf le dimanche
Que de beaux souvenirs s'éveillent dans mon cœur
Je revois mon pays et ses gras pâturages
Ses taillis, ses vallons éloquent de douceur
L'or fin des foins coupés dans les combes sauvages
Ces intimes bonheurs qu'arpégeaient le grillons
En un royal trésor avec plaisir me grise
Je savoure la joie à l'instant des moissons
Rêvassant de l'été quand le couchant s'irise
Et empourpre les bois, les rochers du Jura
Que d'amour dans mon cœur s'allume sans relâche
Alimente mon âme avec leur brouhaha
Et promène l'archet d'un passé qui se lâche
Sonne, sonne angélus murmure douloureux
Réveille les échos de ma divine enfance
Et féconde l'émoi sur mes jours si nombreux
Immortalise l'or et réduit la distance
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