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L’eau saumâtre
L’eau de l’étang, saumâtre, où nage encore un cygne,
Aux rives de ma vie, hier, a clapoté ;
De bois, frêle, l’esquif a soudain balloté.
Au bord de l’onde, un pin, a laissé choir sa pigne.
La barque était pourtant à deux doigts de la rive
Où le vent déposait des laisses par millier,
Mais moi, triste rameur ou pauvre batelier,
L’autan, je dus subir, avec sa force vive.
Tu étais pourtant là, sur la grève, à m’attendre,
Prête à me secourir en me tendant la main
Et bien que tu t’aidas d’une gaule en sapin,
Je ne l’ai pas saisie, je n’ai pas su la prendre.
Alors, je m’enfonçais lentement dans la vase ;
Des bulles entourant ma détresse explosaient.
Des corbeaux contemplaient la scène et se posaient
Sur des branches, là-haut, sous un ciel gris d’ardoise.
Bien des années après, je te revoie, dans l’onde
Où tu plongeas risquant d’y laisser ta santé,
Entourant de tes bras mon cœur accidenté,
Me tirant hors de l’eau chargée, noire et immonde.
Et, tandis que tous deux, apaisés sur la grève,
Nous regardions l’esquif parti dans les roseaux,
Emporté par le vent des orages nouveaux,
Des femmes s’amusaient, pour contenter leur rêve,
Sur l’épave, à grimper, peut-être des campeuses,
De passage, sans doute, au milieu des forêts,
Laissant aller leurs vies aux dangers ignorés
Des éphémères joies, des routes hasardeuses
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