Salus le jeudi 04 décembre 2014, à 08:42
Méfies-toi, cher Richard, des "e" muets à élider, des consonnes d'appuis, et de tout ce qui peut troubler ta bonne chanson !
Cher bretteur des mots :
Pégase t'attend
Ta lyre se fend
Sous ta poésie
Sans hypocrisie ! |
|
Salus le jeudi 04 décembre 2014, à 14:37
...N'y vois pas leçon !
je soutiens juste que la règle
est un outil qu'il faut maîtriser,
quitte à ne pas la suivre !
Et la contrainte existe, ô combien, quand il n'y a pas de règle !
(elle devient confuse et d'une extrême susceptibilité)
Salut !
Salus |
|
louis le jeudi 04 décembre 2014, à 19:27 Cher ami,
Crois bien que rien ne me rend plus heureux que tes remarques éclairées.
J'aimerais que tu me précises exactement en quoi pèche cette bafouille:
1°) Les "e" muets à élider: je suppose qu'il s'agit des rimes en "oire": boire, dérisoire, etc... En quoi sont-elles à proscrire?
2°) Les consonnes d'appuis: exemples?
C'est avec impatience que j'attends ta réponse.
Richard. |
|
Lucille le jeudi 04 décembre 2014, à 20:45 Un itinérant capable de faire de si jolies rimes n'est pas un itinérant comme les autres... |
|
Salus le jeudi 04 décembre 2014, à 22:10
J'ai plutôt parlé de manière générale ; concernant précisément ces vers,
je peux t'en faire la critique au niveau de la versification classique (qui n'est pas exactement le mien) :
- Parlant du sens, le sonnet doit opérer un "virage" à partir du premier tercet, une "chute" doit être ménagée au dernier vers ; de ce point de vue, subtil et mouvant, ton texte rempli les conditions.
- Pour la forme, le sonnet est exigeant : "Italien" il rime ainsi :
ABBA ABBA CCD EED
Et "Français" : ABBA ABBA CCD EDE
Le "sonnet Louis" : ABBA ABBA CDD CEE
...Ce qui, pour moi, marche très bien, encore que le "Français" soit plus joliment déséquilibré !
( moi, volontiers, j'irais jusque à :
ABBA BAAB CCD EDE, voire même : ABBA BAAB CCD DCD !)
Bref ...
Le sonnet, même faux, doit briller d'une apparence magique de perfection !
-Toute "erreur" doit disparaitre, (ou, selon moi, afficher une "intention", ce qui revient au même)
- Au premier vers du second quatrain, on lit :" abri, encore" c'est un hiatus ! (le hiatus, ou l'hiatus, externe, c'est à dire "entre deux mots", crée un à-coup malheureux dans le déroulement ondulatoire du vers)
- "Endives ou agrumes", c'en est un autre !
- "flétries" comporter un "e" muet inélidable, on ne peut l'utiliser qu'à la rime ! (ou lire moyenâgeusement le"e", ce qui rajoute une syllabe)
- L'avant-dernier vers, du fait du "h"aspiré de "honteux", affiche 13 "pieds"
- Pour les consonnes d'appuis : "Croute" rimerait mieux avec "déroute" (par exemple)
"agrumes" avec "rhumes" (mais pour moi, grâce au "g", même décalé, "agrumes rime très bien avec "légumes" trop bien, car, pour des mots de même famille grammaticale, (ici deux noms communs, on doit prendre la peine d'une asymétrie logique ; donc, "rhumes" serait meilleurs...) à noter que les mots monosyllabiques bénéficient d'un traitement spécialement bienveillant !
"Azincourt" est une bonne idée, mais la rime est fautive, tant de sa lettre finale que de sa consonne d'appuis, qui devrait être un "m"
O.K ?
- Mais attention, à certains niveaux, consonnes d'appuis, nombre de syllabes... la règle n'impose plus ; elle pousse à !
Comme certaines des dernières lettres à la rimes (M/N, S/X, etc) il y a des équivalences pour les consonnes d'appuis ( B/P, J/CH, etc)
- voir les ouvrages de référence, tels que le "traité" de Sorgel, ou celui de Banville.
On a mis plus de mille ans a réaliser ce prodige de subtilité, toujours susceptible de s’étoffer (j'ai quelques idées la-dessus), ne nous privons pas de ce joyaux culturel : la versification, solfège majeur de notre art !
De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.
Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.
(Art Poétique, Verlaine)
Salut !
Salus
|
|
khartago le vendredi 05 décembre 2014, à 08:55 J'opine (du bonnet) avec Salus, mais ces quelques "fautes" de métrique n'enlèvent pas la beauté du texte et son impact. Bravo |
|
louis le vendredi 05 décembre 2014, à 14:36 A Salus.
Cher Maître,
Là, je crois que je suis à bonne école!
Je viens de prendre connaissance de tes conseils, constatant que l'art poétique, le vrai, est au final un exercice difficile, technique, contraignant même. On est presque dans la rigueur scientifique à laquelle il m'arrivera sans doute encore de déroger, tout en veillant à ne pas ménager mes efforts. A l'évidence, il ne s'agit pas d'aligner les mots n'importe comment, sinon autant écrire de la prose ou des romans.
J'ai redécouvert cet art récemment, croyant que je pourrais combler les temps supposés libres de ma retraite.
Il n'en est rien et je ne peux passer des heures entières à l'ordi.
Mais lire tes écrits ou tes conseils reste, crois moi, un temps fort et privilégié de mon emploi du temps.
Merci encore et amitiés. Richard. |
|
louis le vendredi 05 décembre 2014, à 17:33 C'est encore moi et l'heure de l'étude :
-- hiatus :O.K. :j'essaierai de minimiser ces "à-coups" selon ton expression qui ne me choquaient pas à priori dans la mesure où ils restent rares.
--les "h" : je me fait souvent piégé, qu'ils soient aspirés ou muets (voir l'histoire du "hallali"). Je reconnais faire moi-même la chasse aux défauts de métrique dans lesquels le vers est affecté de 11 ou13 pieds dans un ensemble de 12. Inacceptable !
--"Azincourt": par ce désastre, j'ai voulu mettre en parallèle, tu l'as compris, l'état de déchéance du malheureux sur son trottoir.
Au plan de la composition,je m'étais mis en tête que les contraintes finales n'affectaient que singuliers et pluriels( ou de même que féminins avec masculins). Intransigeant sur ces derniers cas, je n'avais pas étendu cette considération à d'autres finales. J'y veillerai.
-- "flétries": alors là, je n'ai toujours pas compris. Puisque le "e" est muet, il est forcément élidé. Peut-être ai-je un problème de neurones !
Richard. |
|
salus le vendredi 05 décembre 2014, à 18:28
Cher Richard :
Que ne suis-je, hélas ! seulement maître de moi-même !
Un "e" muet s'élide en "s'avalant" grâce à une voyelle amorçant le mot suivant ; exemple : "une voyell' amorçant"
- ou bien : "La salade flétrie' et les artichauts"
Mais les mots "vies" "flétries" "irisées" etc, ne trouvent leur place qu'à la rime |
|
|