Grimoire

 

Mes poèmes - Forum - Livre d'or - Liens - Moi

 

NOVEMBER FATALIS

le lundi 17 novembre 2014, à 10:50. Posté par richard


    Un ciel errant soumis aux brises de Novembre,
    Attriste longuement les bois nus et tordus,
    Où tel peintre inconnu a parsemé de l’ambre
    Dans la futaie qui geint comme des chiens mordus.

    Dans l’horizon lointain, une rafale cambre
    Chaque arbre au pied duquel des rêves me sont dûs
    Et son souffle glacé le blesse et le démembre,
    De tous ses oripeaux sur les rochers ardus.

    Mais où fuir maintenant que l’azur est livide
    Et que le gel s’apprête à me fendre les os ?
    Les oiseaux sont partis et la nature est vide,
    Les ombres de l’hiver tissent leurs noirs réseaux.

    Un nuage, couleur de fer et main perfide,
    A chassé toute vie de la mare aux roseaux,
    Les forêts ont perdu leur senteur de gomphide,
    Les paysans transis ont remisé leurs faux.

    La nature, soudain, toute affectée de rhumes,
    Est comme dévêtue sous les buttoirs d’un viol :
    Pluie, tempête, ouragan, déferlement d’écumes,
    Visages ravagés marqués au vitriol.

    Et les chocs, à briser les tympans, des enclumes,
    Dans un tohu-bohu d’orage cévenol,
    Tapent dans mon cerveau enveloppé de brumes :
    Je titube, hésitant, comme imbibé d’alcool.

    Un coma délétère anéantit les hommes:
    L’ennui, le noir ennui, hèle un hiver fatal ;
    Quand ils auront mangé leur réserve de pommes,
    Pourront-ils échapper au songe minéral ?

    Et je m'enfuis, je cours à travers champs et chaumes
    Evitant de sombrer dans un rêve létal;
    Si des cloches, le soir, viennent sonner les psaumes,
    Je reste indifférent à leur bruit de métal.

    Et je longe les murs aux relents séculaires
    Où se sont enfoncés loches et escargots ;
    Les pluies ont effacé leurs blancs chemins de glaires
    Et de bave sur les herbes et les fagots.

    Et l’âme saturée de remords tutélaires,
    Je marche lentement le long des marigots
    Et des chemins de lente agonie des fougères,
    Etranger aux soucis de lucre ou de magots.

    Le temps, le temps félon, draine son baume antique
    Et marque de son sceau comme on marque un bétail,
    L'humain, l'humain sournois, fourbe, cruel, cynique,
    Gauche et lourd tel un boeuf que l'on vend au foirail.


<< Retour aux poèmes

 

Donner une note à ce poème ... (Note actuelle : Pas de note)
Vous devez être connecté sur Mespoemes.net pour donner une note à un poème.

 

commentaires ( 7 ) (Ajouter un commentaire)
Micheline 1940 le lundi 17 novembre 2014, à 16:26
Un bien fatal Automne tout empli de fureurs, des pluies vents et tempêtes agitant la nature et ravageant nos coeurs.
Un texte aussi puissant porteur de beautés, et que j'ai bien aimé. Compliments à vous, Richard.
Amicalement, Micheline.

Micheline 1940 le lundi 17 novembre 2014, à 17:19
Depuis un fort longtemps je ne m'étais arrêtée sur votre merveilleux travail, et reste bien contrite de m'être tant privée de vers si joliment ciselés !!! Je vite suis passée voir votre Berger. Ah ! comme je me suis trouvée bien auprès de lui ! Compliments au Poète de la terre et de l'air !
Micheline.

Micheline 1940 le lundi 17 novembre 2014, à 17:56
Pardonnez-moi, Richard, d'avoir raté votre commentaire du 03 Novembre à propos de ces "Jardins". Je vous remercie infiniment de vous être attaché ainsi à relever cette erreur, ce qui me fait avancer dans l'écriture. J'ai remanié mon texte et j'aimerais pouvoir le reposter, car il s'est encombré d'une nouvelle strophe pour une meilleure compréhension de l’ensemble, et de beaucoup d'efforts pour arriver à un résultat qui demande une approbation, pour ne pas à nouveau retomber dans de tristes erreurs ! ( cela fait, était-ce bien raisonnable ? ) J'ai soumis mon travail à Pierre, mais je pense avoir réalisé une mauvaise manipulation pour l'envoi, et ce texte, l'aura t-il seulement reçu ? Je n'ose le contacter à nouveau, ce qui, pour le moins, me semblerait le harceler si, l'ayant reçu, il n'avait trouvé le temps matériel de répondre à cette sourde angoisse ... Ou bien, aurais-je fait tant d'erreurs de prosodie qu'il n'oserait par délicatesse, m'en faire part ? J’échafaude si vertigineusement que me voilà à ne plus savoir où me raccrocher pour éviter l’effondrement…
Bien amicalement,
Micheline.

louis le lundi 17 novembre 2014, à 22:06
Chère amie,
Merci pour vos commentaires pleins d'indulgence.
Pour revenir sur la " polémique" qui a vu le jour à la suite de votre merveilleux poème " Jardins" du 26 octobre (vers3-5), Guy avait sans doute raison dans la mesure où la mélodie d'ensemble était, peut-être involontairement, rompue. Si je peux me permettre, c'est aussi le cas, en fait, pour les vers (1-2) et (4-4), tels que je les lis actuellement.
J'aurais pu écrire avec votre permission:
"D'autres, abandonnés à la jachère traitre,
Sont garrigues brûlées, mortes dans leurs sueurs".
Et:
"S'agrippant aux cailloux, si cruels aux damnés".
(Par exemple).
Ensuite, (pardonnez moi de me répéter), concernant ces considérations de la position de la césure à l'hémistiche, c'est là une entorse à la règle poétique que j'affectionne particulièrement. Je ne vous ferai pas l'affront de vous citer tous nos poètes symbolistes ou parnassiens qui y ont eu recours.
Dans le poème que vous venez de commenter, je me suis fait plaisir avec cette " dérive" aux vers 1-6, 4-9, 3-10 et 3-11.
Amicalement. Richard.

rivaudais le mardi 18 novembre 2014, à 01:03
Novembre parle, seplaint mais on l'écoute avec plaisir. ou plutôt on le lit avec plaisir et profit. L'hiver, le temps d'hiver est là : hibernum tempus ou brumale tempus, voir hiems tempus (bien que hiems ne soit pas vraiment correct),Peu importe puisque nubilo die, "Bonus dies natalis".

Guy le mardi 18 novembre 2014, à 12:29
Ce poème sombre roule comme une eau furieuse !
C'est vraiment très beau. J'ai particulièrement apprécié la 5 ème strophe "La nature..." et la conclusion.
Amitiés

Lucille le mercredi 19 novembre 2014, à 02:15
Je suis d'accord avec les précédents commentaires... un très beau texte, vraiment!

Ajouter un commentaire à ce poème en tant que :

Vous devez être connecté sur Mespoemes.net pour poster un commentaire.

 

 

Mes poèmes - Forum - Livre d'or - Liens - Moi

 

Hébergé gracieusement par MesPoemes.net - Créer un site internet