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UN SPHINX AU CLAIR DE LUNE
Les contours du désert s'estompent sans regrets,
Prêts à dissimuler leurs merveilleux secrets.
Les rayons du soleil, devenus plus timides
Font briller, vers le nord, trois hautes pyramides.
Les rares promeneurs se faufilent sans bruit
Dans les plis assombris d'un vieux palais détruit...
Une lumière d'or teinte les hiéroglyphes :
Le crépuscule arrive, au pays des califes.
Les plaintes des chacals enveloppent le Nil
Et semblent s'échapper d'un étrange chenil.
La pénombre s'étend sur les champs de sésame
Pour livrer, à la nuit, un royaume sans âme.
Au fond d'un sarcophage, au couvercle doré,
Incrusté de vermeil richement décoré,
Une momie attend, après mille ans d'errance,
Sous ses bandes de lin, la juste délivrance.
Le grand-prêtre, attentif, déchiffre un papyrus
Avant d'aller prier dans le temple d'Horus.
A genoux, face au Dieu, il remet ses offrandes
Dans le naos obscur, aux murailles si grandes.
A la droite du temple, un petit lac sacré
S'habille maintenant, d'un chaud reflet ocré.
Plus bas, un obélisque, immobile, se dresse
Et la brise du soir, doucement, le caresse.
L'ombre est un vêtement, pour le Dieu Anubis...
L'ombre calme les cris des centaines d'ibis
Qui viennent s'abriter, dès que la nuit commence,
Au bord du lac sacré, sur un vieil arbre, immense.
Soudain, tous les ibis partent en tournoyant,
Comme après avoir vu un danger effrayant…
Ils s'envolent au loin, dans des claquements d'aile,
Regrettant de quitter leur refuge fidèle.
Le petit lac sacré, de rose, s’est paré …
Dans le calme du soir, une forme apparaît…
Et son ombre s’étire, irréelle et rasante,
Dans la chaleur du jour, un peu moins écrasante :
Silhouette incertaine, aux contours indécis,
Qui marche lentement, sur un socle imprécis…
Quand Nout étend ses bras, en vagues merveilleuses,
La silhouette avance, ambrée, mystérieuse...
C'est un sphinx assez grand, qui vient de s'approcher,
Attiré, pour dormir, par le creux d'un rocher ;
Il marche au clair de lune et son pas, sur le sable,
Effacé par le vent, demeure insaisissable.
Sa tête si humaine a levé vers le ciel
Deux yeux bleus soulignés d'un trait superficiel.
Il se couche soudain, allongé sur la terre,
Posant, dans ce lieu saint, sa silhouette austère.
Sous son pelage lisse, à la couleur du lin,
Les muscles sont tracés comme ceux d'un félin…
Enraciné au sol, par ses griffes de pierres,
Le sphinx aux yeux d'azur, va fermer les paupières.
Puis, son noble regard s'incline lentement
Pour contempler, en rêve, un autre firmament :
Blotti dans la fraîcheur, sous de vertes osmondes,
L'homme au corps d'animal, sommeille entre deux mondes.
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© Gérard ANGELIS 1990 Onirisme quantique
pour contacter l'auteur : [email protected]
POUR MIEUX COMPRENDRE
Calife : Souverain musulman investi du pouvoir spirituel et temporel
Sésame : Plante très cultivée en Orient, pour ses graines
Naos : Partie la plus sacrée des temples grecs ou égyptiens
Anubis : Dieu présidant au culte des morts
Sphinx : Créature à tête humaine et à corps de félin
Horus : Un des principaux dieux égyptien, protecteur de nombreux lieux
Nout : Déesse de la nuit, chez les égyptiens, personnifie la voue céleste
Osmonde : Grande fougère des lieux humides
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