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LA CIGALE

le vendredi 08 août 2014, à 11:07. Posté par richard


    La Cigale


    L’astre est à son zénith, immobile, aveuglant,
    Sur les champs parcourus de fentes et de rides,
    Sur la rocaille en feu et les pentes arides,
    Où tout dort et se tait dans l’horizon brûlant.

    Le sol sec est pareil à la peau d’un vieillard
    Constellée d’eczéma, de verrues et d’escarres,
    S’ouvrant comme une plaie pendant que l’eau des mares
    Croupit, où s’asphyxie un ultime têtard.

    Sur la colline en feu harassée de chaleur,
    Dans les chênes-kermès, les lentisques, les cades,
    L’été, dans les sous-bois d’épineuses arcades,
    Etend sa léthargie profonde et sa torpeur.

    C’est alors que, soudain, s’élève la chanson,
    Un crissement aigu d' une voix de crécelle
    Qui me remplit l’esprit, me hante et me harcelle,
    D’une énorme cigale accrochée sur un tronc.

    Je ne sais si je dois l’accueillir ou la fuir :
    Elle annonce déjà la moitié de l’année,
    Me disant qu’une rose, au jardin, s’est fanée ;
    Dois-je alors m’attrister, dois-je me réjouir ?

    Ces insectes seront, dans les pins, des millions
    Et deviendront bientôt la chorale invisible
    D’un peuple camouflé, étrange et intangible,
    Ne se lassant jamais de frotter ses violons,

    Ne se lassant jamais de gratter ses guzlas,
    Dont l’écho térébrant donne des méningites,
    Et m'asservit toujours aux pires flemmingites,
    Etouffant, dans le faux abri des pergolas.

    Vient-il du paradis, monte-t-il des enfers
    Ce bruit sur le métal que la rouille dessèche?
    Où est mon fleuve bleu, où est ma source fraîche
    Et pourrai-je échapper à la crise de nerfs?

    Aussi, quand vient le soir, beurré par les sueurs,
    J'écoute, en mes tympans, l'écho des acouphènes
    Qui se vautrent dans mon esprit et s'y promènent,
    En livrant mon sommeil aux rêves ravageurs.

    Et je reste muet, accablé et hagard;
    Ce cri, comme un appel, fait exploser mon crâne;
    Mon regard s'est voilé dans l'azur diaphane;
    Serait-ce le signal, proche, de mon départ?

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commentaires ( 4 ) (Ajouter un commentaire)
salus le vendredi 08 août 2014, à 12:09
----
Cher ami, c'est excellent !

Guy le vendredi 08 août 2014, à 20:07
Après les odeurs, tu nous laisses à lire la musique! sourire dirait Béatrice !
Une lecture vraiment très agréable.
Amitiés. Guy
http://www.mespoemes.net/renato

louis le samedi 09 août 2014, à 10:11
-C'est là une vision négative de l'été à travers cette composition fantaisiste! J'aurais pu, tout aussi bien, parler de cet insecte d'une façon plus laudative.
Merci pour la visite et amitiés à tous. Richard.---
http://www.mespoemes.net/louis

micheline1940 le samedi 09 août 2014, à 19:22
Au tout premier matin qui les voit arriver, je les entends avec de la joie dans le coeur. Puis elles s'enhardissent, s'affolent, occupent l'air, et il n'est plus question de trouver le repos ! Elles grésillent comme lard dans la poële qui chauffe, et plus le soleil darde, et plus elles nous assomment ! C'est pourtant si jolie une cigale blonde, et toujours, elle annonce l'été qui nous revient ! J'ai apprécié beaucoup et goûté ce poème qui nous décrit si bien cette jolie période ! Merci, Richard, pour ce morceau choisi !
Sincère amitié, Micheline.
http://www.mespoemes.net/micheline1940

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