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La Cigale
L’astre est à son zénith, immobile, aveuglant,
Sur les champs parcourus de fentes et de rides,
Sur la rocaille en feu et les pentes arides,
Où tout dort et se tait dans l’horizon brûlant.
Le sol sec est pareil à la peau d’un vieillard
Constellée d’eczéma, de verrues et d’escarres,
S’ouvrant comme une plaie pendant que l’eau des mares
Croupit, où s’asphyxie un ultime têtard.
Sur la colline en feu harassée de chaleur,
Dans les chênes-kermès, les lentisques, les cades,
L’été, dans les sous-bois d’épineuses arcades,
Etend sa léthargie profonde et sa torpeur.
C’est alors que, soudain, s’élève la chanson,
Un crissement aigu d' une voix de crécelle
Qui me remplit l’esprit, me hante et me harcelle,
D’une énorme cigale accrochée sur un tronc.
Je ne sais si je dois l’accueillir ou la fuir :
Elle annonce déjà la moitié de l’année,
Me disant qu’une rose, au jardin, s’est fanée ;
Dois-je alors m’attrister, dois-je me réjouir ?
Ces insectes seront, dans les pins, des millions
Et deviendront bientôt la chorale invisible
D’un peuple camouflé, étrange et intangible,
Ne se lassant jamais de frotter ses violons,
Ne se lassant jamais de gratter ses guzlas,
Dont l’écho térébrant donne des méningites,
Et m'asservit toujours aux pires flemmingites,
Etouffant, dans le faux abri des pergolas.
Vient-il du paradis, monte-t-il des enfers
Ce bruit sur le métal que la rouille dessèche?
Où est mon fleuve bleu, où est ma source fraîche
Et pourrai-je échapper à la crise de nerfs?
Aussi, quand vient le soir, beurré par les sueurs,
J'écoute, en mes tympans, l'écho des acouphènes
Qui se vautrent dans mon esprit et s'y promènent,
En livrant mon sommeil aux rêves ravageurs.
Et je reste muet, accablé et hagard;
Ce cri, comme un appel, fait exploser mon crâne;
Mon regard s'est voilé dans l'azur diaphane;
Serait-ce le signal, proche, de mon départ?
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