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le Songe de Neuschwanstein (suite 2)

le vendredi 04 juillet 2014, à 18:49. Posté par Philip de Berg


    A l’ombre des symboles contournés par les premiers rayons obliques du soleil, comme s’ils n’osaient révéler les secrets de ces temples grecs oubliés par le temps, une réflexion qu'il avait instamment couchée sur son carnet lui revint en mémoire :
    « il ne suffit pas de tracer le cercle magique de sa suffisance pour exorciser ses propres démons ».
    C’est peut être ce qu’il avait fait jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à l’instant où il s’était arrêté devant la falaise.
    .....................................................................................................................................
    Gail * ! C’était ... hier seulement. Rien qu’une petite poignée d’heures qui font prendre conscience de l’abîme qu’on laisse derrière soi et que l’instant qui va passer éloigne plus encore.
    Gail, qu’il rendait inaccessible par le simple fait de sa décision.
    Bien sûr, il était encore trop tôt pour se forger de nouvelles certitudes. C’était contraire au sens même de son évasion, il allait dire « son exil ». Il sentait que s’il voulait contrôler parfaitement cette naissance - il s’interdisait de parler de renaissance - il lui fallait désormais s’efforcer d’abandonner tous les repères, même ceux de l’inconscient !

    Percevoir de nouvelles couleurs, entendre de nouveaux sons, jusqu’à ne plus appréhender même, son propre environnement. Par un sursaut de logique, il voulut encore comparer. Se comparer, lui, matière vivante, pensante, avec les géants de pierre, immobiles et muets. Et, comme s’il percevait le mouvement imperceptible d’un pouls battant la tempe de ces colonnes affaissées, il revenait alors à la réalité.
    A quelques dizaines de mètres de cet endroit magique, parvenait comme l’ébauche d’une brume, le souffle rauque du ressac achevant de mourir sur la grève. Et, à chaque retour de la vague, il voyait avec étonnement s’installer dans un coin de sa pensée la trame d’un proverbe dont il avait oublié l’origine, à moins que ce ne fut la dernière sentence d’un philosophe oriental :
    « mais la magie de l’exégèse, toujours renouvelée, assure la fausse éternité des mausolées ».
    Et déjà il doutait de cette fausse plénitude, vite fabriquée de sensations fugitives : quelques ombres antiques, des senteurs iodées, une heure propice à la solitude.
    Il savait pourtant qu’il aurait désormais la force de ne plus jamais se retourner sur ses propres actes et sur ses certitudes bien trop accaparantes pour qu’elles ne laissent le répit nécessaire pour qu’on les dissèque.
    Alors seulement, il pourrait se convaincre que sa fuite était une victoire, sa fragilité une force précieuse qui désormais l’accompagnerait.
    Et cette vulnérabilité truquée saurait suffisamment tromper son propre miroir.
    Il retrouverait sans doute devant lui les mêmes visages. Il reconnaîtrait les mêmes attitudes. Mais, fort de cette sérénité toute neuve et d’un abandon émotionnel calculé, il éviterait les trahisons, à moins de ne se trahir lui-même.
    La plus dure épreuve cependant était d’admettre qu’il avait emporté avec lui des sentiments trop présents pour les oublier et trop encombrants pour les rejeter.
    Comme une rafale de vent, la première, inattendue, lui rabattait une mèche sur le visage, il se mit à rire. Un rire sourd, lugubre, presque obscène dans le silence de la solitude des lieux. C’était, sans le savoir comme de dernier hoquet de ses remords ou de sa dérision.
    Alors, d’un pas résolu, il descendit l’escalier taillé dans la pierre qui conduisait à une petite crique, au pied de la falaise. Et de ce même pas, presque fiévreux, il s’approcha de la grève.

    (* Gail : abréviation du prénom anglo-saxon Abigail)

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commentaires ( 9 ) (Ajouter un commentaire)
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 04 juillet 2014, à 18:54
Voici la 2ème partie de ce récit que je re-poste. Posté il y a environ deux ans et écrit il y a plus de dix ans. J'aurais pu retravailler ce texte. J'y vois quelques petites inélégances de syntaxe. Mais je ne change rien. Car vous le savez, je ne me prends pas au sérieux, c'est juste pour le plaisir. Pas d'illustration ou de musique non plus. Je vous souhaite une bonne lecture, une bonne inspiration pour chacun d'entre vous et un bon week-end. Amitiés à tous et à toutes. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

Marie le vendredi 04 juillet 2014, à 21:08
----
http://www.mespoemes.net/euphonie
Bonsoir Philp
Je pense que tu as raison de ne rien changer
Je vais revenir lundi car je vais chérir mon petit fils Rémi
Bon week-end Philip
OM
Marie

Ivy le vendredi 04 juillet 2014, à 22:22
Coucou Philip,
Comme pour Azatoth, j'imprimerai ton 'Songe..complet' et aussi Martha, pour les lire tranquillement pendant les vacances. Mais cette fois ce ne sera pas à l'île d'Oléron mais sur 'Ivy's garden plage'. (lol)
Bon week-end !
Bisous
----
http://www.mespoemes.net/worrell02

belespoirs le dimanche 06 juillet 2014, à 15:25
bonjour Philip :
c'est une belle lecture ! continue de nous faire voyager ! et rêver ! amitiés

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le lundi 07 juillet 2014, à 06:28
Précision : j'avais oublié de préciser le proverbe cité "« mais la magie de l’exégèse, toujours renouvelée, assure la fausse éternité des mausolées » est une citation qui n'existe pas et qui est totalement inventée par votre serviteur. Et qui, de surcroît, ne veut strictement rien dire (c'était juste pour la musique de la phrase)
Pour BELESPOIRS :
Merci mon amie. Ce texte, ancien, c'était du temps où je prenais le temps d'écrire d'à peu près jolie choses. Amitiés. Philip.

Pour IVY : Really ? You're gonna read my complete works ???? lol ! Kissous. Philip.

Pour MARIE :
J'espère que ton petit fils t'a donné joie et bonheur ce week-end. C'est plus important que mes récits ! Amitiés. Philip.

Domidom le lundi 07 juillet 2014, à 17:25
Après cette journée chargée en téléphone, j'ai pris le temps de venir te lire et comme tu devines, j'attends la suite....
J'aime beaucoup, car tu me transportes en des endroits inconnus, de plus, comme tu as le don de bien les décrire, je me familiarise avec tous ces lieux...
Le téléphone ce matin, non, ce n'était pas JO, excuse moi d'avoir du écourter notre conversation, j'espère que nous la reprendrons ultérieurement...
Mille bisous, ta Marraine de coeur....
Dom...
http://www.mespoemes.net/bluegirl

Cerise le lundi 07 juillet 2014, à 18:28
Bonjour Philip,
Après le fantastique et le romantisme, voilà que tu nous emmènes sur des chemins initiatiques...sourire
Ah la la heureusement que tu as apporté cette précision sur le fameux proverbe. J'avoue l'avoir tourné et retourné dans ma tête en vain pour en saisir le sens...hihi
A bientôt pour la suite.
et belle fin de journée surtout.
amicalement
Béatrice

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mardi 08 juillet 2014, à 19:07
Pour DOMIE :
Ah j'aime faire voyager les gens, que mon écriture puisse être un peu leurs yeux. Que ce soit pour retraduire des lieux et des ambiances que j'ai vues où mêmes imaginaires. Eh bien si ça t'a plu, j'en suis très heureux. Pour nos papotages au téléphone, c'est quand tu veux (je te signale qu'on a dû au moins papoter, hier, au moins une bonne heure !!!). Bisous ma gentille marraine "de coeur". Sympa de m'accorder ainsi ton amitié, toi qui connait mes défauts comme mes quelques qualités !!! Lol. Gros bisous. Philip.

Pour CERISE :
Tiens, tu es la première à voir un sens de nature initiatique à mon récit. Oui, en effet. D'autant que, pour l'heure, je suis le seul à connaître la fin de l'histoire ! Mais, oh là, là, je me dois donc de poursuivre - en plus des poèmes - mes petites sagas/nouvelles (Martha, le Songe, Azatoth, Smile) avec des personnages (et leurs characters) différents, des contextes différents, des lieux différents (Etat-Unis, Italie, Hongrie....). Il va falloir que je redouble d'imagination et que je ne confonde pas. Car chaque nouvelle est d'un style différent donc d'une écriture différente ! Mais bon, fou que je suis, j'ai promis, j'ai promis. Amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

cerise le mercredi 09 juillet 2014, à 18:18
Oui tu as du pain sur la planche...sourire...sinon , attention, on sera obligé de te trepaner pour extirper le dénouement de ces histoires...rire. avec tous ces personnages différents tu es comme un marionnettiste...sourire.
Douce soirée et à bientôt.
http://www.mespoemes.net/cerise

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