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Retour en Cévennes

le lundi 02 juin 2014, à 18:09. Posté par richard



    Retour en Cévennes


    Las, triste et languissant de toujours voir la plaine,
    La lancinante envie, sournoise, térébra
    Mon esprit pour qu’enfin il revit la Cévenne,
    Ses battements de cœur, l’étreinte de ses bras.

    L’hiver qui me retint esclave de mes livres
    Durant de longues nuits aux rêves oublieux,
    Le long hiver vêtu du blanc manteau des givres
    Fuyait, vaincu, devant la douceur des cieux,

    Dans une lente et pâle et tranquille agonie.
    Comme des prisonniers libérés de leurs fers,
    Les arbres se penchaient sur l’herbe rajeunie
    En endossant l'habit des jeunes bourgeons verts.

    Le printemps sommeillait encore en ses torpeurs.
    Pourtant les prés vibraient dans l’or vif des jonquilles.
    Le torrent bouillonnant d’écume et de vapeurs,
    Sur les d’énormes rocs granitiques qu’habillent

    Maintes mousses, grondait en roulant son fracas.
    Là, dans les champs, broutait la vache aux pis énormes ;
    Sur le Causse, semé des derniers reliquats
    De névés, à l’abri des blocs ruiniformes,

    Se déplaçait, compact, le grand troupeau blanchâtre
    Des brebis affamées arasant le gazon,
    Ou se désaltéraient dans la flaque saumâtre,
    Guettées par le berger, debout sur l’horizon.

    Parfois dans le matin blafard de l’aube grise,
    De la ferme blottie au fond du vallon creux,
    Un filet de nuées que déchirait la brise
    Montait. Un paysan se chauffait près du feu.

    Le coq ne chantait pas. Le chien dormait encore.
    Etaient-ils, tel leur maître, encore un peu figés ?
    Et seule, en son enclos, la poule, dès l’aurore,
    Grattait le sol, pareille aux êtres affligés.

    Car nul ne sait ici où les hommes se terrent ;
    Beaucoup ont déserté les murs de leurs hameaux,
    Déjà éparpillés par la fureur des guerres,
    Il ne leur reste plus que quelques animaux.

    Et là, dans la maison bâtie près du ruisseau,
    J’entre en tournant la clé rouillée dans la serrure ;
    Mais la date n’est pas gravée dans le linteau,
    Comme pour abolir, des années, la blessure.

    Alors, dans le baiser parfumé du brouillard,
    Je contemple l’éveil de la forêt de hêtres
    De mes yeux étoilés des rides du vieillard,
    Heureux d’avoir ici pu établir mes aîtres.

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commentaires ( 5 ) (Ajouter un commentaire)
Guy le lundi 02 juin 2014, à 19:21
J'aime cette sombre et superbe description de ces si beaux lieux! Quelle chance nous avons d'avoir sous nos yeux de si belles régions et quelle tristesse de les voir se vider de leurs habitants!
Amitiés. Guy
http://www.mespoemes.net/renato

louis le mardi 03 juin 2014, à 12:05
-Merci pour ta visite. Il est vrai que je me rends régulièrement respirer l'air pur des "hauts cantons" loin des miasmes délétères de la ville qui m'insupportent de plus en plus! Amitiés. Richard.---
http://www.mespoemes.net/louis

micheline1940 le mardi 03 juin 2014, à 12:57
----
http://www.mespoemes.net/micheline1940
Un magnifique poème vibrant d'amour pour son "pays", région aimée depuis l'enfance qui reste en nous, planté au coeur des souvenirs. Votre Région est super belle, et Vous l'avez décrite de sublime façon et avec un tel amour qu'il m'en a donné frisson ! Superbe Écrit,doux et puissant et d'une émouvante beauté !!! Avec toute mon amitié, Micheline.

domidom le mardi 03 juin 2014, à 22:46
C'est toujours avec le cœur serré que l'on revoit le pays de son enfance, ou ce qu'il en reste....
Le temps qui passe, le modernisme a changé la face du monde.....
J'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce chapelet de souvenirs, c'est une sorte de pèlerinage sur la route du passé, qui représente à la fois, bonheur, mélancolie et tristesse...
Mes amitiés, Domie...
http://www.mespoemes.net/domidom

oliverjane1950 le mercredi 04 juin 2014, à 15:47
Je ne suis pas contre le modernisme s'il était instauré avec bon sens, harmonie, sagesse... mais bon, je ne peux refaire le monde, hélas ! la loi du nombre est bien là. Et quand le plus grand nombre n'est pas sage, le reste doit supporter... Alors ressourçons-nous avec les moyens du bord. Habitant près de Paris, je prends mon VTT et je vais sur les chemins de traverses à la campagne, dans les bois... Amitiés. Oliver

http://www.mespoemes.net/oliverjane1950

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