JARDIN DE LUNE

 

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DEVIENS CE QUE TU ES !

le mardi 01 avril 2014, à 08:44. Posté par Philip de Berg (auteur : Titre : F. Nietzsche)


    «Ô, Ciel mystérieux, donne-moi la réponse,
    Qu’ai-je fait de ma vie, en cheminant ainsi,
    Sur des sentiers heureux où la raison s’enfonce
    En de lentes douceurs, en trop de rêve, aussi

    Que vais-je devenir, un homme au doux regard,
    Rien une ombre timide où se mire la Nuit,
    Tandis que mon cœur bat, bénissant le Hasard
    Qui fit de mon destin un alchimique fruit ?

    Ô, Ciel mystérieux, donne-moi la réponse……… »

    Quelles que soient les réponses, ce que nous entendons c’est l’écart entre ce qui nous est dit et ce que nous aurions répondu, nous, aujourd’hui; c’est la mesure du chemin parcouru entre notre propre réponse à ces questions il y a … un certain temps et celle que nous ferions aujourd’hui.
    Que sommes-nous devenus depuis, qui deviendrons-nous ou plutôt qui sommes-nous en train de devenir ?

    Une image me vient à l’esprit : la main de mon instituteur écrivant, avec sa craie, sur le tableau noir de la salle de classe. Probable fils des derniers survivants de la dernière génération des hussards noirs de la République, issue des Ecoles Normales d’instituteurs. Cette main qui s’appliquait à tracer avec une parfaite calligraphie tous ces mots qui un jour allaient avoir un sens dans ma vie, a guidé mes premiers gestes d’écriture, mes premières lectures où Jeanne Hachette et le Grand Ferré remplaçaient Jeanne d’Arc, où Spartacus défiait l’Empire romain, avatar de l’Eglise et de ses princes. A cette main, toute en finesse, de mon instituteur, je superposais, sans jamais l’avoir connu, cette autre main tutélaire, sans doute fripée, douce aussi et tavelée dessus, devenue calleuse en dedans par le jardinage. C’est celle de mon grand-père. C’est cette main que je vois apparaître au fil du temps dans mes propres mains, les cals en moins : je ne suis pas jardinier.

    J’imagine volontiers qu’à l’unisson de ces mains qui deviennent ce qu’elles doivent être, les belles valeurs de la Vie, liberté en tête, cheminent en moi.

    Fermeté des valeurs, relativité des opinions, écoute, tolérance.
    Car démarche il doit y avoir sur notre chemin de Vie dans notre pratique de vouloir être un peu meilleur que nous ne sommes : c’est une voie humide, faite de doute, de réflexion, d’essais et d’erreurs, à la recherche d’une inatteignable perfection. Une démarche qui nous fait comprendre la méfiance profonde que nous devons avoir pour la voie sèche, celle de la prétention à la sainteté, celle des certitudes directes et de l’intolérance.

    Alors, il nous faut, encore et encore, imaginer, oser, transgresser peut-être,pour faire advenir un avenir meilleur au-delà de l’horizon.

    C’est le moment de citer ces vers magnifiques de José Maria de Heredia :

    "Où penchés à l’avant des blanches caravelles
    Ils regardaient monter en un ciel ignoré
    Du fond de l’océan des étoiles nouvelles".

    Oser l’imprudence et la transgression à la recherche d’un idéal au-delà de l’horizon habituel ?

    Il y a simultanément en nous plusieurs sujets qui font de nous des humains en devenir dont les tonalités diffèrent mais qui nous constituent indissolublement. Au cours du temps, ils se mettent en mouvement en résonance avec les différents moments de notre vie.

    C’est ainsi que nous devenons ce que nous sommes, multiples, fidèles à nos sentiments, fidèles à des valeurs que nous nous sommes forgées, mais qui, en une seconde peuvent s’effondrer comme un château de cartes quand la déraison s’empare de nous. Mais des valeurs que nous mettons en mouvement pour former notre avenir, au risque nécessaire, bénéfique et assumé d’une forme d’hérésie. Mais, jamais, au grand jamais, une hérésie qui toucherait au Sacré.
    L’hérésie d’aujourd’hui n’est souvent qu’une tradition en devenir.

    « Deviens ce que tu es ! », disait Nietzsche.

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commentaires ( 10 ) (Ajouter un commentaire)
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mardi 01 avril 2014, à 08:58
Dans un tout autre registre, avec ma petite saga Martha (qui n'est pas terminée) j'avais un peu "inauguré" le poème-roman, alternant vers et prose.
Ici, c'est une sorte de "poème philosophique", alternant quelques vers (de moi puis de Hérédia) et des réflexions personnelles qui se veulent...."philosophiques". Oh, philosophique est un bien grand mot. C'est en commentant hier Avenance sur son dernier poème (un commentaire qui m'a entrainé entre spiritualité et philosophie) que j'ai eu envie d'écrire ces quelques mots de l'âme, un ressenti personnel sur ce que j'ai fait de ma vie (pas grand chose, mais un petit peu quand même) et ce que je pourrai encore faire jusqu'au Grand Silence, et si possible de pas trop mauvais.
Et puis j'ai repensé à des choses du passé, à mon instituteur....et là, je l'ai dit si souvent à mon ami Loïc qui est enseignant, je ne cesserai d'avoir du respect pour ceux qui nous apprenne la vie (????) à travers les bases de ce qu'ils nous enseignent. Et j'ai pensé à mon grand-père maternel, que je n'ai jamais connu, dont on m'a dit qu'il était un homme bon, érudit, mais très simple. Tout cela a donné cet écrit, que je vous dédie à tous. Vous y trouverez ce qu'il vous plait, comme à la table d'une auberge espagnole.
C'est un peu de moi, à travers des mots qui, cela ne se voit peut-être pas, sont cependant très intimes. Que les quelques ami(e)s du site qui me connaissent personnellement retrouvent un peu de l'image que j'essaie de donner. La dark side de moi-même, elle n'a pas grand intérêt. Elle n'est que l'autre côté incontournable de l'être humain.
Je vous fait toutes mes amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

euphonie le mardi 01 avril 2014, à 10:28
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http://www.mespoemes.net/euphonie
Bonjour Philip

C’est dans la sagesse
Ce que tu es…
En réalité.
Que tu trouveras la paix,
Équilibre et l’harmonie
Entre le haut et bas

Ne dis plus,
J’aimerais être
Le voyageur sillonnant
Les chemins
A travers la nature
A la recherche de plénitude

Ne te nourrit point
Du passé
Pour avancer
Dans le présent
Il est derrière toi
Ne pourra plus te dépasser

Tu voudrais
Devenir ermite
Vivre en reclus sans être vue
Te nicher dans ta tanière
Verrouillant portes et fenêtres
Mais à quoi bon se cacher

Ne plus se voiler la face
Accepter d’être toi
En profitant pleinement
De l’instant présent
Sans crainte
Du mystère des lendemains.

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mardi 01 avril 2014, à 14:54
Oh merci, chère Marie, c'est vraiment magnifique, ce que tu m'as écrit ! On dirait....que tu me connais. En plus de ça, c'est un véritable poème que tu as écrit. Merci encore.
Amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

larose le mardi 01 avril 2014, à 16:59
Bonjour Fifi!!
Super émouvant et poignant cher poète, qu'est ce qu'il t'arrive c'est le printemps et ses parfums qui te chagrine!!! :)
Merci pour ce beau partage!! Bonne journée!! Biz

armandstas18 le mardi 01 avril 2014, à 18:04
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http://www.mespoemes.net/armandstas18 Cher Philippe, ce "deviens ce que tu es" était une phrase de mon adolescence qui m'a beaucoup interpellé; je suis devenu aujourd'hui, à 76 ans, une grande partie de ce que j'étais en puissance mais il me reste une part de moi-même à exploiter, que je cherche toujours; donc, on n'en a jamais fini; pour toi aussi, il y a sans doute encore du chemin est des routes à découvrir, comme tes écrits le prouvent souvent et je les ai toujours lus avec plaisir et amitié... Quant à moi, je suis dans une période de lassitude vis-à-vis de la poésie et c'est une exception que je fais en t'envoyant ce commentaire (je l'ai fait aussi pour Raphaëlle, que j'apprécie beaucoup) amitié à toi, cher Philippe, armand

fokouajeancarlos le mardi 01 avril 2014, à 18:54
Un seul mot "ÉMOUVANT". Je reconnais dans ton commentaire l'humilité philosophique. Tu as tout d'un grand philosophe. Ayons souvent le triomphe modeste. Ton texte un poème PHILOSOPHIQUE. Il m'a plongé dans une profonde méditation. J'ai revu mes belles années d'élève quand je lisais Les destinées d'Alfred de Vigny. Tu devras très souvent nous faire profiter de ce genre de poème mon cher Philip. La preuve tu as même permis à Marie de te faire un poème instantané (je pense).
J-C

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mardi 01 avril 2014, à 21:38
Pour JEAN-CARLOS :
Merci, mon ami. Philosophie, sans doute. Mais je dirais plutôt "manque d'humilité". Je ne suis peut-être qu'un donneur de leçons, dans tout ça. Mais l'essentiel est peut-être que, malgré moi, le but a été atteint, si mes quelques philosophiades poétiques t'ont plongé dans la méditation. Merci. Amitiés. Philip.

Pour ARMAND :
Je ne peux qu'être flatté si vraiment tu as fait, comme tu le dis, une "exception" en me commentant. Ce n'est pas bien, pourtant, il y a tant de bon poètes et de bons poèmes sur notre sympathique site.
Pour le reste, j'aurais pu exprimer plus simplement ce que tu as expliqué en quelque mots : il est, pour soi, en soi, des chemins et des routes qui restent à découvrir. Et ce, jusqu'à notre ultime souffle.
Et je peux comprendre ta lassitude poétique. Mais reviens nous vite. Chaque mot qu'écrit un poète, que nous écrivons les uns les autres est source de méditation, de joie, d'interrogation. C'est là que s'exprime cette phrase de St-Exupéry que je cite souvent : "Si tu es différent de moi, loin de me léser, tu m'enrichis".
Merci d'aimer quand même ce que j'écris, souvent bien maladroitement. Cela me touche beaucoup. Amitiés sincères Armand.

Pour LAROSE :
Merci à toi chère Marie.
C'est drôle, vous êtes deux commentateurs à avoir utilisé le mot "émouvant".
Alors, le cheminement de nos vies serait-il.....émouvant pour chacun d'entre nous.
Mais c'est sans doute une bonne chose, à l'instar de ce qu'Oscar Wilde dit un jour, sous forme de boutade : "L'émotion nous égare : c'est son principal mérite". Boutade, vraiment ?
En tout cas, ce qui est aussi bizarre, c'est que tu te demandes "ce qui m'arrive, me chagrine" comme si tu voyais une sorte de spleen, dans mon propos. J'ai assez donné avec le spleen. Oui, bizarre, car à travers le com-poème de l'autre Marie (Euphonie), elle paraît pressentir aussi un relent de mélancolie.
Je dois dire que je ne sais plus trop comment écrire aujourd'hui. Et puis, je ne voudrais pas que l'on tienne le baromètre de mes états d'âme à travers chacun de mes poèmes. Déjà, ce n'est pas le genre d'intérêt qu'il y a lieu de me porter. Je ne tiens tout simplement qu'à être ce poète sympa, bé oui, qui va essayer de nouveau, non pas de porter le site, comme on me l'a dit, mais d'être présent et d'aimer ce que vous écrivez, quel qu'en soit le style. Chaque mot peut être un trésor. Si le poème est malhabile, qu'importe !
Une chose est sûre, vous m'êtes tous très chers. Bah, je suis un grand sentimental.
Merci encore, Marie, pour ta fidélité à me lire. Amitiés et bises. Philip.

http://www.mespoemes.net/philipchevalier

domidom le mardi 01 avril 2014, à 21:52
Un très beau texte et qui te ressemble....
Pouvoir se rechercher, descendre ainsi au fond de soi-même, se découvrir, se livrer aux autres, c'est comme se dénuder....
Ce texte hors du commun est comme une sorte de témoignage, ce long chemin, que chacun de nous doit parcourir, est souvent jalonné par toutes sortes d'embûches, les accepter, les combattre, rechercher la valeur des choses afin de s'en sortir, c'est dans cela que réside la force de l'homme......
La vie n'est autre qu'un éternel questionnement, le temps qui s'écoule nous permet de mesurer l'intensité des choses....
Je t'ai lu et relu avec une profonde émotion et je retournerai te lire, car j'ai vraiment adoré ce texte, que l'on pourrait aussi appeler... (confession)....
Bisous, Domie...
http://www.mespoemes.net/domidom

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mercredi 02 avril 2014, à 06:55
Merci ma Domie. Je vois que décidément ce petit texte semble susciter de l'émotion. Dois-je en être fier ? Un peu, bien sûr, car je pense que vos coms sont sincères. Cette introspection, pourtant, est celle que chacun d'entre nous se fait au cours de sa vie, à un moment de sa vie. Cette recherche, comme tu le dis si bien et avec beaucoup de sens philosophique, doit constituer une des forces de l'être humain. Confession, mes mots ? Oui, peut-être un peu, à l'aune du filigrane de mes ressentis. Mais je crois que je n'ai rien inventé, encore moins dans le registre philosophique. Simplement, je crois qu'ici, mes mots sont plutôt sortis de mon coeur, plutôt que de ma cervelle. Une manière d'apprendre à s'aimer, soi-même ? Un rappel de l'injonction essentielle de Socrate, inscrite au frontispice du temple de Delphes "Connais-toi, toi même !". La phrase exacte était ! "connais-toi toi même.....et tu connaîtras les Dieux (eh oui, ils en avaient plusieurs, les grecs ! )....donc, et tu connaîtras Dieu et l'Univers. Une approche difficile, n'est-ce pas ?
Merci pour ton commentaire et ta gentillesse, Domie. Amitiés et bisous. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

Guy le mercredi 02 avril 2014, à 10:09
Philip, je n'ai jamais cru qu'il fallait chercher des réponses dans des cieux qui ne posent que des questions.
Mais ton poème introspectif pose la question essentielle : est-ce que je façonne ma vie pour qu'elle serve à quelque chose? Une goutte d'eau claire dans les eaux si noires de l'humanité!
Et surtout ai-je su transmettre, pour entretenir cette clarté afin qu'elle s'étende?
Si cette goutte n'est qu'un écrit humaniste c'est déjà bien, elle fera son chemin.
Amitiés Guy
http://www.mespoemes.net/renato

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