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Les larmes de Budapest - MARTHA Part 3

le jeudi 16 janvier 2014, à 16:13. Posté par Philip de Berg


    L’ambiance de Budapest, au milieu de ces années 30 était devenue particulière. Très jeune, je me souviens être venu dans cette ville, en compagnie de mes parents.
    D’exquis et élégants hôtels particuliers bordaient les larges allées près de l’Akademia, et ces somptueuses demeures semblaient receler de galants secrets, derrière les lourdes tentures qui paradaient aux larges fenêtres, semblant railler les stucs colorés des façades.

    Mes parents résidaient dans un charmant immeuble sur Zoltàn Utca, et j’ai toujours en mémoire nos promenades tranquilles sur Lipótváros, un délicieux jardin qui aujourd’hui me fait penser à ces grands parcs parisiens.
    Les femmes étaient belles. On riait à chaque coin de rue.
    Mais aujourd’hui l’on sentait que les choses avaient changé.
    La Hongrie s’était rapprochée de l'Allemagne nazie. Ce n’était pas encore les années de l’Anschluss, mais il régnait dans la capitale un climat qui, sans être oppressant suscitait parfois le malaise.

    Et, en ces jours tristes et froids d’automne, aux portes de l’hiver approchant, le vent qui balayait les rues nous faisait courber la tête et accélérer le pas. Sur les murs, des affiches placardées par les Croix Fléchées, montraient toutes le visage de leur chef, Ferenc Szálasi, dont le regard, figé sur le papier, semblait suivre chacun de nos pas. Dans les journaux et à la radio, l’on parlait de plus en plus du problème des minorités ethniques.

    J’étais à ces pensées, en me rendant le lendemain à l’Office des Vins Hongrois, sur l’autre rive du Danube, quand l’image de Martha me revint en mémoire. Et, curieusement, au souvenir de son visage si manifeste, je me pris à faire le rapprochement avec ce que l’on ne connaissait pas encore de l’avenir de la Hongrie, mais dont tout le monde s’accordait à dire que cela n’augurait rien de bon.
    ………………………………………………………………………………………

    Mêlées au gré des jours, dans leurs tristes parades
    Crinolines d’argent ou Tuniques de sang,
    Côtoient des jours bien gris sous de sombres façades.
    Et dehors, la milice étale tout son rang.

    Les passants, fatigués, répriment la blessure
    Comme une plaie sournoise où s’écoule la Peur
    Qui s’échappe en hurlant quand le ciel se fissure
    Et s’épuise, fanée, abrutie de malheur.

    Et je marchais ainsi, comme une ombre immobile,
    D’un pas lourd et transi, ce dernier jour du monde
    Qu’une ardente épouvante au frisson de reptile
    Recouvrait âprement de son manteau immonde.

    Mais je fermais les yeux sur mon âme essoufflée
    Par ces funestes jours qui se traînaient d’ennui
    Et l’écho obsédant d’une valse affolée
    Réveilla dans mon cœur, un parfum alangui.
    ………………………………………………………………………………………

    L’Histoire tournoyait et les évènements en marche semblaient s’entrechoquer
    Dans toutes les têtes, tandis que léger, j’échappais à ce fracas, aussi grinçant
    Que les cris de la rue s’élevant vers les lourds nuages aux inquiétants présages.
    Le jour agonisait d’un rougeoyant trépas et dans les rues de la Ville renaissaient
    Peu à peu le faste et le tintamarre des orgueilleux Cafés aux lustres de cristal et aux banquettes fauves.
    Mes pas me conduisaient, comme un ivre somnambule, vers le Palais Karolyi…….
    (À suivre)

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commentaires ( 13 ) (Ajouter un commentaire)
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le jeudi 16 janvier 2014, à 16:17
Voici donc le 3ème volet de Martha, mi-poème en prose (mais un peu moins, du fait de descriptions historiques moins propices au choix de mots délicats) mi-poème tout cours. Peu de choses à dire. L'histoire, côtoyant l'Histoire suit son cours, et l'on devine, bien sûr que la romance a des chances (si l'on peut dire) de se produire prochainement en côtoyant le sinistre bruit des bottes....
Bonne lecture et amitiés à tous et à toutes. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

Christine le jeudi 16 janvier 2014, à 17:01
Toujours aussi plaisant..tes mots me réconforte...Très belle écriture...A bientôt Christine (cris)

armandstas18 le jeudi 16 janvier 2014, à 17:56
----
http://www.mespoemes.net/armandstas18 je te rejoins enfin pour te lire (il faut te dire que notre fille arrivée samedi est pour quelque chose dans ma négligence...) quelle merveille, l'ambiance que tu crées dans cette nouvelle-poème; la description en proses décrit bien l'ambiance de la ville dans ces années-là et la poésie montre admirablement ton angoisse et celles des gens qui sentaient venir le désastre; amitiés, cher Philip, armand

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le jeudi 16 janvier 2014, à 18:18
Pour CHRISTINE :
Merci. L'histoire laisse planer des heures sombres, mais en littérature, les mots sont des couleurs, les couleurs de l'âme. C'est en cela qu'il faut voir la beauté du verbe, les émotions qu'il peut engendre.

Pour ARMAND :
Merci à toi aussi, cher Armand, pour la gentillesse de ton com'. Euh, une précision : tu écris "la poésie montre admirablement TON angoisse". Euh, non, ce n'est pas MON angoisse ! Déjà, je n'étais pas né pendant les heures sombres qui allaient précéder la guerre. La...."mise en scène", le décor et l'ambiance de la nouvelle-poème sont à la fois de pure imagination et à la fois sur la base de recherches personnelles sur les cendres de l'empire Austro-Hongrois qui allaient s'accélérer à la veille de la deuxième guerre mondiale. Quand au centre de Budapest, il n'a guère changé de nos jours. Enfin, je prends ça comme un compliment, si l'on visualise bien le climat qui régnait à cette époque. Avec une marge d'erreur quand même. Mais il est vrai qu'en écrivant cela, cet après-midi, je me suis VRAIMENT promené, par l'imagination, dans les rues de Budapest au milieu des années 30 ! Amitiés, Armand. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

salus le jeudi 16 janvier 2014, à 19:51
----A te lire, on "Grois" un auteur d'avant-guerre ! (Quelque chose de Zweig...)
Ce mélange "poético-prosé" te va à ravir !
Je connais vaguement la Hongrie, et pas du tout le hongrois, langue difficile, abrupte aux oreilles françaises !
Les bas quartiers de Buda, Kazinczy utca, je crois, m'ont charmé ; le Balaton, par contre, m'a vite fatigué ; nous étions établis à Gyula, près de la frontière roumaine, c’était le temps de l'affreux Ceausescu et de sa charmante épouse...
J'ai un ami qui ne ressemble à personne ; "on grois" qu'il est de là-bas ! (bis !) Il a passé le rideau de fer, à la grande époque.
Salut,
Salus

Guy le jeudi 16 janvier 2014, à 20:24
Toujours aussi agréable à lire, toujours aussi fluide dans cette alternance prose-poésie.
Je ne connais pas la Hongrie mais tu nous donnes l'envie (d'avoir envie...).
La grande Histoire semble plus importante que l'histoire d'amour, mais on ne peut s'en plaindre avec de telles images en toile de fond.
Merci Philip. Guy

euphonie le jeudi 16 janvier 2014, à 21:00
----
http://www.mespoemes.net/euphonie Je ne connais pas la Hongrie, mais la façon que tu as de nous décrire ta pronemade dans ce pays, me fait partir vers ces années 30
L'écrit est digne d'un grand écrivain, car il nous fait entrer dans l'histoire comme si nous étions en cette époque
Mais que fait Martha pensant que tu te promènes?
Bonne soirée Philip
Marie

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le vendredi 17 janvier 2014, à 12:56
Pour SALUS :
Merci, l'ami. Je ne m'attendais pas à ta comparaison avec Stefan Zweig, car c'est de surcroît un écrivain que j'adore. Mais, ton impression doit être simplement due au fait que l'action se déroule dans les années d'avant-guerre. Mais, je te dirai que pour moi qui écrit l'histoire, dans ma tête je suis presque obligé d'être totalement "immergé" dans l'époque et son contexte historique. Amitiés. Philip.
Pour GUY :
Merci à toi aussi d'avoir aimé. Donner l'envie c'est peut-être lorsque la conviction de faire partager ses mots (et donc le propre regard que l'on a mis dans ses mots, et qui les ont précédé). Mais cela, à travers de nombreux poèmes des uns et des autres, sur mille et un thème, moi aussi je partage et j'ai envie d'avoir envie. Quant au récit, la technique de mélanger la "petite" histoire romancée avec la Grande Histoire, est un procédé courant. Pour te faire une confidence, à l'heure où je t'écris, je ne puis te dire si la Grande Histoire est l'élément le plus important. Quand à l'histoire, c'est vous tous qui disez que c'est une histoire d'amour. Pas forcément. Car je n'ai qu'une idée vague (et une ligne directrice fondée sur les évènement de la Grande Histoire) de la suite des évènements;
La suite ? Je la découvrirai avec vous quand je reprendrai la plume. Amitiés. Philip.

Pour EUPHONIE :
Merci à toi aussi, Marie. Eh bien tant mieux si mon récit de fait voyager et vivre les aventures de mes deux héros, qui ne font que commencer.
Je garde le mixte prose ET écriture en vers, car, quand même nous sommes sur un site de poésie.
Digne d'un grand écrivain ? Bof, disons que je sais écrire quand je m'en donne la peine. De toute façon, si J'AIME ECRIRE, car c'est, pour moi, partager avec vous tous, pas plus que je ne rêve de publier un recueil de poésie, je me fiche totalement espérer être publié au niveau d'un roman. Mais les compliments si sympathiques que vous me faites les uns les autres me font infiniment plaisir, rassure-toi. C'est gratifiant.
Que fait Martha pendant qu'IL se promène ? (tu écris "pendant que TU te promènes", bah c'est vrai, comme le héro est sorti de mon imagination, c'est vrai que JE le promène à travers les rues de Budapest). Ben, Martha, je ne sais ce qu'elle fait.
Je crois que c'est l'ami Salus qui disait, au début de cette saga que le ton était un peu "mondain". Mouais, bien sûr Martha, sans être une aristocrate est une jeune femme de la bonne société. Mais pur l'heure, moi seul (et pour cause, hé, hé, sait qui elle est au sein de cette société hongroise des années 30).
Amitiés, chère Marie. Philip.

http://www.mespoemes.net/philipchevalier

oliverjane1950 le samedi 18 janvier 2014, à 00:06
---Mais, où donc est passée Martha, Philip !!! C'est pas juste ... Tu nous fait languir ! La suite, vite ! Amitiés... Oliver

http://www.mespoemes.net/oliverjane1950

domidom le samedi 18 janvier 2014, à 17:05
Après tous ces commentaires élogieux, je dirais tout simplement, (MERVEILLEUX), au plaisir de lire la suite....
Bisous, bisous, à vs deux...Domie...

larose le lundi 20 janvier 2014, à 15:27
Bonjour Fifi!!!
Toujours des voyages à travers des mots enchantés!!! Merci pour ce beau partage!! bonne journée!! biz

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le lundi 20 janvier 2014, à 17:08
Pour OLIVER :
La suite, la suite.....ben laisse moi souffler un peu. Et puis il y a aussi des poèmes proprement dit à écrire ! Ce que fait Martha ? Ben......tu verras !!! Encore un peu de patience. Amitiés. Philip.

Pour DOMIE :
Merci d'aimer ma petite histoire. Ben, il va falloir que je fasse preuve d'imagination, car il ne faudrait quand même pas que mon histoire soit une histoire "à l'eau de rose" quand même !
Gros bisous. Philip.

Pour LAROSE :
Ben tiens, en parlant "d'histoires à l'eau de rose", je ne parlais pas de toi, bien entendu, chère Marie ! Lol !
Ben oui, toujours les voyages. Et quand ils sont dans le passé, c'est un peu plus difficile à écrire, car il faut bien être dans l'ambiance de l'époque....surtout si l'époque, on ne l'a pas vécue ! Enfin, on va essayer de continuer....en évitant les anachronismes, du genre : "Martha envoya un mail au Palais Karolyi. Le propriétaire lui répondit immédiatement par un sms" !!!
A bientôt. Bises et amitiés. Philip.
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Agrippa ( Thierry Demercastel ) le lundi 20 janvier 2014, à 18:56
Pas de doute il faut être poète pour écrire ce-là ! Merci ami.

(PS) va lire mon ami Jean-Baptiste Fouco, un superbe poète...

http://www.mespoemes.net/cauria

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