JARDIN DE LUNE

 

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MARTHA (2ème post)

le lundi 13 janvier 2014, à 16:51. Posté par Philip de Berg


    J’ai rencontré Martha la première fois, un soir de novembre 193… à Budapest.

    Et ce soir, à l’automne de ma vie, quand bien même ces si nombreuses années se sont écoulées, ponctuées par les grondements incessants de l’Histoire, mon émotion, ma tendre et douloureuse émotion reste intacte quand je repense à ces heures que j’ai vécues dans son sillage.

    Budapest à cette époque n’était pas une cité de plaisirs, pour le voyageur qui repart des rives du Danube, venant de Londres, passant par Paris et Vienne.

    C’est à la faveur d’un accommodement tardif, dû en grande partie au savant truchement de mon père auprès d’un financier de Devonshire, que je devais embarquer pour l’Europe centrale, la Hongrie plus précisément, dans le but de négocier l’importation de ce délicieux vin de Tokay.

    J’ai toujours aimé l’ambiance à la fois étincelante et surannée des vieux cafés d’Europe Centrale. A peine quelques jours après mon arrivée dans la capitale magyare, je décidai d’aller faire un tour au célèbre Café Central situé au pied du Palais Karolyi depuis 1887. Ce magnifique établissement était toujours le plus beau de tout ce quartier au cœur de Budapest, à quelques pas du célèbre pont d’Herszebèt Hid qui relie par-dessus le Danube les deux rives de Buda et Pest.
    C’est là que la que je la rencontrai pour la première fois :

    AU PALAIS KAROLYI

    Dans les miroirs ternis du grand Café Central
    Qu’abrite un vieux palais aux ors décomposés,
    Le ballet des serveurs, comme un rite ancestral
    Trompe l’éloquence aux gestes amusés,
    Tandis que ces messieurs aux museaux fatigués,
    Dans de profonds divans aussi morts que leurs vies,
    Commentent le climat de la ville embrumée.
    Assis là en rêvant, je suivais les envies,
    De ce monde inventé pour traverser le Temps,
    Et un jour s’éveiller au bruit de ces canons,
    Quand reflue la Raison jusqu’au prochain printemps,
    D’où renaîtra enfin le champ des compagnons.
    Dans ce lieu insensé, je la vis s’avancer
    D’un pas si conquérant que mes yeux s’égaraient,
    Et s’asseoir près de moi, posant sans acquiescer,
    Son regard aiguisé qui, las, se souvenait,
    De mille décisions prises entre deux soupirs,
    A renier l’horizon où à tromper l’ennui.
    Ou peut-être à songer, sans jamais retenir
    Un soupir délaissé aux portes de la nuit.
    J’étais si fasciné que je me redressais,
    Bredouillant un « bonsoir », tendant une chaise,
    M’inclinant poliment tandis que je tremblais
    Du frisson enfiévré d’un sournois malaise.

    - « Jó estét, Kisassony Martha ! (1) » fit le serveur qui venait d’accourir, dans les secondes qui suivirent, en s’inclinant à son tour respectueusement.
    Il s’empressa de la débarrasser de son élégant manteau de cachemire sombre et de son chapeau assorti.

    La jeune femme s’assit dans un geste gracieux, et je remarquais pour la première fois la pureté cristalline de son regard d’un vert profond.

    - « Ainsi, elle se prénomme Martha » remarquais-je, tandis qu’au dehors passait, brinqueballant, le vieux tramway qui venait de Laudva Utica, près de l’ambassade de France pour rejoindre Kolosy Tèr au pied du château de Buda. Je ne pouvais m’imaginer à cet instant que très souvent, Martha et moi nous emprunterions cette ligne de tram pour flâner dans le vieux Buda.

    (1) "Bonsoir Mademoiselle Martha" - se prononce "kichasogn".

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commentaires ( 9 ) (Ajouter un commentaire)
Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le lundi 13 janvier 2014, à 16:58
Je me suis permis de re-poster pour la 2ème fois une "nouvelle-poétique" (mi-prose/mi-vers) que j'avais publié il y a un peu plus d'un an. Car, j'ai tout simplement l'idée d'une suite. Jusque-là, je n'avais écrit que 2 chapitres (le second sera re-posté ce soir même). L'idée de Martha remonte à bien longtemps, six ou 7 ans, je ne saurais vous dire. C'est une sorte de fresque romantique, rencontre de deux destins, dans une Europe Centrale, à la veille de la deuxième Guerre Mondiale.
Je n'avais, voici donc quelques années, que griffonné sur une feuille que les dix premières lignes de Martha. Puis, tout cela étant destiné à atterrir sur un site de poésie qu'est le nôtre, eh bien, j'y ai mis une partie en vers. Les anciens du site, redécouvriront ces lignes. Les nouveaux la découvriront et voyageront avec moi dans ce Budapest des années 30 recréé par l'imagination.
Bonne lecture et amitiés à tous et à toutes. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

Guy le lundi 13 janvier 2014, à 18:56
Merci Philip.
Après cette lecture qui tient en haleine, on attend la suite dans l'impatience fiévreuse d'un magyar de l'est !.
Guy

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le lundi 13 janvier 2014, à 19:29
Pour GUY :
Elle vient, la suite, elle vient, Guy. Amitiés. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

domidom le lundi 13 janvier 2014, à 20:41
Oui mon ami, on attend la suite avec impatience....
A bientôt, Domie...

euphonie le lundi 13 janvier 2014, à 21:16
----
http://www.mespoemes.net/euphonie Philip au début de la lecture j'ai été piégéé par ta façon d'écrire
193. je me suis mise à compter, Philip doit être né en 1939 bigre il est plus vieux que moi, c'est pas possoble
Philip cela paraît tellement vrai
A tout à l'heur pour la suite
Marie

larose le mardi 14 janvier 2014, à 11:03
Bravo!! Bravo!!! Super!! J'ai adoré!! Merci pour ce beau partage!! Biz

Philip de Berg (JARDIN DE LUNE) le mardi 14 janvier 2014, à 11:08
Pour EUPHONIE :
Ah, ah, ah, Marie. Mais non, le narrateur de cette histoire, ce n'est pas moi. C'est un écrit purement imaginaire, je précise. En fait, il se situe vers 1936-1937, où la situation se dégrade dans l'ex-Empire Austro-Hongrois et où la seconde guerre mondiale va sans doute jouer un rôle important pour nos héros.
"Cela parait tellement vrai" m'écris-tu ? Eh bien, j'en suis flatté. Tu le verras dans la suite, quand j'écris des récits imaginaires en d'autres lieux et en d'autres temps, je m'attache à ce que les détails descriptifs soient rigoureusement exacts. Tu le verras dans le chapitre qui va suivre. Mais comme, donc, je n'était pas né (lol !!!!) à l'époque où se déroule l'histoire, eh bien je me documente, je me documente. Amitiés et bises. Philip.
http://www.mespoemes.net/philipchevalier

oliverjane1950 le mercredi 15 janvier 2014, à 09:21
He ben, le veinard...des moments comme ca, ca ne s'oublient pas ! La Martha, doit être sublime ! Et lui, dans ses " petits souliers," j' imagine... Qu'aurais-je fais å sa place ? Probablement, dans le même état...
Amitiés... Oliver

http://www.mespoemes.net/oliverjane1950

Christine le jeudi 16 janvier 2014, à 15:25
Salut,j'attends la suite mon très cher ami Phil tes mots m'ont manquer profondément...A bientôt Christine (cris)

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